LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


19 JUILLET


1992


Assassinat d'un juge

Assassinat en Sicile de Paolo Borsellino, un des 2 juges les plus impliqués dans la lutte contre la Maffia.

Déjà le 23 Mai de la même année, la Pieuvre avait-elle réussi à éliminer le juge Giovanni Falcone, dans un attentat qui par l’ampleur des moyens prouvait clairement l’énorme influence de la Maffia sur toute la vie politique, financière et même populaire. Ces deux assassinats d’Hommes de la Justice, avaient été précédés par celui du maire de Palerme, Salvo Lima, député Européen et bras droit d'Andréotti, suspect depuis longtemps de connivence formelle avec la Maffia ; ce qui souligne évidemment les rapports entre l’organisation criminelle et le pouvoir politique. Au milieu des années quatre-vingt, le pool de jeunes magistrats palermitains, autour de Giovanni Falcone, avait obtenu d’importants succès, grâce en particulier aux " repentis ". Le plus important d’entre eux, Tommaso Buscetta, avait ainsi permis non seulement l’arrestation de nombreux mafiosi et la tenue du maxi-procès de Palerme en 1986, mais une connaissance beaucoup plus précise des mécanismes internes de l’organisation criminelle. Mais, les années suivantes, la situation n’avait cessé de se dégrader. Des querelles de délimitation de compétence avaient opposé le Haut Commissariat et les juges spécialement chargés de la lutte anti-mafia à la magistrature ordinaire, les carabiniers aux policiers. L’observation rigoureuse par le Conseil supérieur de la magistrature des usages administratifs dans la gestion des carrières – le privilège de l’ancienneté en particulier – avait eu pour conséquence de démanteler l’équipe efficace de Giovanni Falcone. En même temps, le respect scrupuleux des garanties largement accordées aux inculpés par le nouveau Code pénal en vigueur depuis le 1er janvier 1989 avait amené la libération de nombreux mafieux. Sous la dictature de Toto Riina et de son clan des Corleondesi, la mafia avait de son côté trouvé des parades efficaces : un cloisonnement plus rigoureux, une intimidation impitoyable des repentis et, surtout, l’élimination des policiers et des magistrats les plus dangereux pour elle. Au début des années quatre-vingt-dix, la mafia semble ainsi à l’apogée de son pouvoir, contrôlant, de l’aveu même du président de la République Francesco Cossiga, des régions entières et étendant ses tentacules sur une grande partie du territoire et du secteur financier. C’est pourtant le moment où l’environnement socio-culturel et politique qui lui a permis de prospérer est en train de s’écrouler. Les assassinats de Giovanni Falcone et de Paolo Borsellino ont été les révélateurs des changements dans la société méridionale par la forte mobilisation qu’ils ont suscitée et par les condamnations de plus en plus véhémentes de l’Église. La transformation culturelle concerne également l’organisation elle-même. La loi de l’omertà  et les rites d’initiation qui en faisaient une contre-société tendent à disparaître, comme le montre la multiplication du nombre des repentis. Exceptionnels dans les années soixante-dix, ils sont en 1993 plus de quatre cents. Leur nombre et leurs révélations sont par ailleurs étroitement liés à la modification des rapports entre la mafia et les institutions. La liaison entre ces deux ordres est une constante de l’histoire italienne depuis l’Unité. Garante d’un certain ordre social et politique au XIXème siècle, la mafia a vu ce rôle réaffirmé à partir des années quarante. Utilisée par des Américains pour faciliter le débarquement en Sicile, elle l’a ensuite été par les partis modérés pour faire obstacle au communisme en canalisant sur eux les votes qu’elle contrôlait. Excellent agent électoral pour une Démocratie chrétienne sans racines dans le Midi au lendemain de la guerre, elle agit donc comme un acteur important de la stabilisation sociale et politique. Ces raisons idéologico-politiques expliquent largement les compromissions du parti dominant, le long silence de la hiérarchie religieuse, sans doute aussi l’implication des services secrets italiens et américains, et celle des loges maçonniques occultes, dont la P2 n’est pas le seul exemple. Ces raisons tombent en grande partie avec la disparition du communisme interne et international à la fin des années quatre-vingt. On observe alors une détermination plus affirmée de l’État pour mettre fin à ces liaisons dangereuses, tandis que les repentis commencent à révéler les connivences passées. En 1991, plusieurs conseils municipaux suspects de complicité avec la mafia sont dissous par le ministre de l’Intérieur Vincenzo Scotti, tandis que les décrets émis en juin de la même année par le gouvernement Andreotti renvoient en prison quarante mafiosi importants remis en liberté pour échéance des termes légaux de la détention préventive. Le président de la première section de la Cour de cassation, Corrado Carnevale, responsable de l’annulation de nombreuses sentences contre des mafiosi, est transféré du secteur pénal au secteur civil avant de faire l’objet, en 1993, d’une ouverture d’enquête pour complicité avec l’organisation criminelle. En son absence, la Cour de cassation confirme, en janvier 1992, les sentences prononcées par les juges du maxi-procès de Palerme, dont plusieurs condamnations à la prison à vie. Les conséquences de ce durcissement sont rapides. La mafia réagit par le meurtre de Salvo Lima coupable de n’avoir pas pu ou plus voulu intervenir en faveur des prisonniers, et son assassinat prend le sens d’un avertissement lancé aux autres garants politiques de l’immunité mafieuse. Inversement, les repentis voient dans l’action plus rigoureuse de l’État, et aussi dans le séisme qui secoue la vieille classe politique à la suite des élections et des enquêtes judiciaires, le signal attendu pour élargir le champ de leurs révélations. Concernant l’organisation elle-même, ces révélations permettent à la police de remporter des succès éclatants, comme l’arrestation, le 15 janvier 1993, de Toto Riina, précédée et suivie de celles de ses principaux lieutenants. S’agissant des liens entre la mafia et les institutions, elles provoquent un choc encore plus grand en mettant directement en cause l’homme politique le plus puissant d’Italie jusqu’à ces derniers mois, Giulio Andreotti. Député de 1946 à 1992, sénateur à vie en 1992, membre de presque tous les gouvernements depuis 1947, sept fois président du Conseil, candidat tacite en mai 1992 à la présidence de la République, Giulio Andreotti est dénoncé par plusieurs mafiosi comme la " référence romaine " de l’organisation criminelle. Il est aussi accusé d’être au cœur de tous les grands drames ou scandales nationaux non encore entièrement éclaircis, comme la faillite et l’assassinat des banquiers Michele Sindona et Roberto Calvi, les meurtres du général Dalla Chiesa, du journaliste Mino Pecorelli et d’Aldo Moro lui-même. Atteint le 27 mars par une demande d’ouverture d’enquête des magistrats palermitains, Andreotti appuie sa défense à la fois sur l’invraisemblance de certaines révélations et le peu de crédibilité de ses accusateurs, et sur l’arsenal de mesures antimafia prises par son gouvernement en 1991. Il peut plus difficilement justifier ses rapports très étroits avec Lima.

Cam.

Remerciements à Cam


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