LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


6 JUILLET


1923


Naissance de Jaruzelski

Sauveur ou bourreau de la Pologne ?

Wojciech Jaruzelski est né ce jour à Kurow, près de Pulawy, de petite noblesse polonaise. Jaruzelski fréquente le collège marianiste à Varsovie où il a été élevé dans un esprit patriotique et religieux. En 1939, déporté avec ses parents en U.R.S.S. (son père y meurt en 1942), il est soumis aux travaux forcés. Néanmoins, au printemps de 1943 il s’enrôle dans l’armée polonaise dite " de Berling " sous commandement soviétique. Il entre à l’école des officiers. Il fait la guerre contre l’Allemagne nazie de 1943 à 1945 et s’y distingue en tant que jeune officier courageux et discipliné. De 1945 à 1947, il participe à la liquidation armée de la résistance armée polonaise et ukrainienne contre le régime communiste. En 1947, il entre au parti communiste (dont le sigle est alors P.O.P., Parti ouvrier polonais), puis fréquente les écoles d’officiers d’état-major en Pologne, enfin l’académie militaire Vorochilov à Moscou. C’est un des rares officiers polonais de très haut rang sans accointances soviétiques, de même que sa femme Halina, germaniste et professeur à Varsovie. Nommé général à trente-trois ans en 1956, au moment du " dégel ", député de Szczecin à la Diète en 1961, il est vice-ministre de la Défense en 1962. Par ailleurs, après avoir commandé une division d’infanterie, il devient, en 1960, chef de la direction politique de l’armée jusqu’en 1965. Il est élu membre du comité central du Parti ouvrier unifié polonais (P.O.U.P.) en 1964 et chef de l’état-major général avec rang de général de corps d’armée en 1965. En 1968, à quarante-cinq ans, le général Jaruzelski est nommé ministre de la Défense et occupe ce poste clé au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968 et de la révolte ouvrière de la Baltique en 1970. On fait alors état de son attitude : il se serait opposé à Gomulka en refusant de donner à l’armée l’ordre de tirer sur les grévistes. En 1973, il est promu au rang de général d’armée. Sous Gierek, Jaruzelski se distingue par son souci de maintenir l’armée en dehors de la corruption de l’appareil du parti et de l’État et par son opposition à l’utilisation de l’armée contre les manifestations ouvrières de 1980. Une sorte de légende se crée autour de son attitude stricte, sèche, le décrivant comme un bourreau de travail, un homme intègre et un militaire proche de l’homme de troupe. Il semble, par ailleurs, que ses rapports avec les dirigeants soviétiques soient toujours restés loyaux et même amicaux, " dans l’esprit de l’article 3 de la Constitution polonaise de 1976 ", selon certains intellectuels. Il faut toutefois distinguer ses rapports avec le pouvoir conservateur de Brejnev et ceux qu’il entretient avec le Kremlin depuis l’avènement de Gorbatchev.Lech WaLeÆa, séjournant en France du 18 au 21 octobre 1981 et interrogé sur ce qu’il pensait de la nomination de Jaruzelski au poste de premier secrétaire du parti, avait répondu : " C’est bien. Je m’entendrai avec lui& ", ou, comme le rapporte Douglas Stanglin : " J’espère que les décisions vont maintenant être prises plus rapidement et que le gouvernement sera plus efficace " (Newsweek, 5 juill. 1982). Jaruzelski est nommé président du Conseil des ministres en février 1981 et premier secrétaire du P.O.U.P. en octobre de la même année. Après la proclamation de l’état de guerre, le 13 décembre 1981, il devient aussi président du Conseil national de défense et, en 1985, il accède à la fonction de président du Conseil d’État (il s’agissait alors d’une présidence collégiale de l’État). Au moment de l’instauration de l’état de guerre, le discours du général Jaruzelski, bien qu’ayant un accent de sincérité, lui attire une rancune tenace de la population. Lorsqu’il annonce la fin de l’état de guerre, le 22 juillet 1983, son entourage et quelquefois ses adversaires sont touchés par sa vision patriotique mais réaliste et teintée d’amertume. Finalement, Jaruzelski contribue à la légalisation du syndicat Solidarité, à l’établissement d’un modus vivendi avec l’opposition et aux élections " mi-démocratiques " de juin 1989. À l’issue de celles-ci, il renonce à ses fonctions et est élu, d’extrême justesse, président de la République de Pologne en juillet 1989 pour six ans. Il est contraint d’accepter qu’un membre de Solidarité devienne chef du gouvernement, entraînant ainsi la chute du pouvoir communiste. En janvier 1990, le P.O.U.P. se saborde, faisant de Jaruzelski un président sans parti. En septembre, il accepte la réduction de son mandat de président, et l’élection présidentielle de novembre-décembre 1990 porte au pouvoir Lech WaLeÆa. Il reste, malgré son attitude opposée à Solidarnosc, protégé par le nouveau pouvoir. Probablement en fonction d’accords secrets lui promettant l’impunité.

Cam.

Remerciements à Cam


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