LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


5 JUILLET


1948


Décès de Georges Bernanos

Un franc-tireur, un homme ardent et libre, c’est ainsi qu’apparaît d’abord Bernanos. Ni dans l’ordre littéraire, ni dans l’ordre politique, ni dans l’ordre religieux, il ne s’est contenté d’être le témoin d’une famille d’esprits, moins encore le champion d’une tradition. Une impérieuse nécessité intérieure l’a conduit à bouleverser, à faire éclater les cadres que son monde lui offrait. Nul n’a été plus féroce que ce catholique contre les déformations caricaturales de son idéal qu’il rencontrait dans les milieux cléricaux de son temps. Pas de politique plus clairvoyant, jusque dans ses injustices, que le grand polémiste qui dénonça superbement la montée des fascismes, flétrit l’écrasement de la république espagnole par les franquistes, prédit et déplora la défaite française de 1940, et ne cessa ensuite jusqu’à la victoire finale de donner à son pays et aux Alliés les leçons d’un espoir généreux, tout en continuant à stigmatiser les menaces renaissantes au coeur du monde nouveau. Dans le domaine proprement littéraire enfin, il a le mérite d’avoir, sous le coup de pures exigences spirituelles, été un des premiers à se libérer de la tradition romanesque du XIXe siècle, pour l’ouvrir aux ambitions du roman le plus actuel. Comme beaucoup de grands écrivains, il a été finalement très peu homme de lettres, et son œuvre vit comme le témoignage d’une expérience cruelle et riche : celle d’un homme entier, aux rêves démesurés, face à un monde veule et désespérant qu’il n’a pu cependant se défendre d’aimer jusqu’au bout : " Quand je serai mort, dites au doux royaume de la Terre que je l’aimais plus que je n’ai jamais osé dire. " Rien ne semblait prédisposer ce fils de tapissier décorateur, né à Paris, élevé dans le calme provincial de Pellevoisin dans l’Indre, puis de Fressin dans le Pas-de-Calais, à la vie agitée qui fut la sienne. Après de solides études dans divers établissements religieux, le jeune bachelier prépare à Paris ses licences de lettres et de droit. Dès cette époque, sa violence l’entraîne à militer comme camelot du roi dans les rangs de l’Action française. Il connaît la prison, débute dans le journalisme, dirige même à Rouen un hebdomadaire monarchiste. Plusieurs fois blessé à la guerre de 1914, il se retrouve ensuite inspecteur d’assurances à Bar-le-Duc pour faire vivre les siens : marié depuis 1917, il aura six enfants. Le succès de son premier roman, Sous le soleil de Satan, publié en 1926, l’incite à vivre désormais de sa plume. C’est le début de l’existence pénible et instable qui sera la sienne jusqu’à la fin, jalonnée de voyages, de déménagements, d’accidents, de difficultés financières – de livres aussi. Aux Baléares, de 1934 à 1937, il voit les débuts de la guerre civile espagnole ; du Brésil, où il réside de 1940 à 1944, il suit avec anxiété le déroulement de la Seconde Guerre mondiale. Rentré en France, il ne cesse de se déplacer et se fixe finalement en Tunisie. Mais, après moins d’un an de séjour, il rentre à Paris pour se faire soigner et y meurt le 5 juillet 1948.

Cam.

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