Mort d'un réformateur !
La mort d'un autre géant, Pierre 1er le Grand, Tsar de toutes les Russies.
Pierre Ier le Grand (1672-1725), tsar de Russie (1682-1725), qui transforma son pays en un empire militairement puissant et l'engagea fermement sur le chemin de la modernité.
Pierre 1er est né à Moscou le 10 juin 1672 (30 mai selon le calendrier julien), fils d'Alexis Ier. Il fut choisi comme tsar par le " zemski sobor " (assemblée de hauts dignitaires) à la mort de son demi-frère Fédor III. Mais sa demi-sur, Sophie, dirigea en sous-main une révolte des archers de la garde qui conduisit la douma (assemblée de boyards) à entériner ses exigences : Pierre régnerait conjointement avec son demi-frère Ivan V, et Sophie assurerait la régence pour veiller sur ce dernier, dont la santé mentale n'était guère brillante.
Le 25 juin 1682, Pierre et Ivan furent couronnés conjointement dans la cathédrale de l'Assomption à Moscou, mais, rapidement, Sophie relégua Pierre et sa mère loin de Moscou, où Pierre vécut très librement et s'initia à la construction navale. En 1689, Sophie, effrayée par sa popularité, tenta une expédition contre lui, mais Pierre rentra triomphalement à Moscou le 6 octobre et expédia Sophie au couvent. Il laissa alors sa mère gouverner pour continuer sa vie de débauche, jusqu'à la mort de celle-ci, en 1694.
Pierre inaugura son règne personnel en reprenant aux Turcs la forteresse d'Azov (1695), dotant ainsi la Russie d'un accès à la mer Noire. Il partit ensuite en voyage en Occident pour deux ans et visita Amsterdam, Berlin, Vienne, Rome, Copenhague et Londres. Seule la France fut évitée, à cause de son amitié avec les Turcs. Au cours de son voyage, Pierre recruta un personnel nombreux et qualifié dont il attendait beaucoup pour l'éducation des Russes et la promotion de la Russie.
De retour dans sa mère patrie, il dut une fois de plus faire face à une révolte des alliés de Sophie. La répression fut sanglante : 4 000 exécutions. Le tsar se consacra alors pleinement, avec un enthousiasme et une énergie hors du commun, à l'européanisation de son pays en poursuivant une politique de modernisation systématique. À ses yeux, la transformation de la Russie passait par une mainmise sur la Baltique : il attaqua la Suède, subit une défaite cuisante à Narva, mais remporta une grande victoire lors de la bataille de Poltava en 1709. Selon la paix de Nystad, qui mit fin au conflit en 1721, les Russes obtinrent le contrôle d'une importante partie du littoral de la Baltique : la Russie de Pierre occupait désormais la première place en Europe du Nord et, l'année suivante, Pierre fut proclamé Pierre le Grand, père de la patrie, empereur de toutes les Russies par le Sénat.
Sur le plan intérieur, les réalisations de Pierre furent impressionnantes : il ordonna, dès 1703, la construction d'une ville sur la Neva. Dans un premier temps, il ne devait s'agir que de fortifications destinées à la poursuite de la guerre contre la Suède. Puis l'idée de construire une ville sur un marécage, à l'instar des Hollandais, qu'il admirait, lui apparut comme un défi à relever. La nouvelle ville, Saint-Pétersbourg, serait sa capitale, résolument tournée vers la modernité et l'Occident. 100 000 ouvriers au total seront engloutis dans les marécages pour l'édification de la ville.
Pierre réforma complètement les institutions politiques, sociales et économiques du pays : il encouragea l'industrie, le commerce et l'instruction, et son règne connut l'adoption du calendrier julien, la simplification de l'alphabet, l'introduction des chiffres arabes, la publication du premier journal en langue russe, etc. Il envoya également à l'étranger de nombreux jeunes pour qu'ils s'initient à l'artisanat et au commerce de l'Occident. En outre, Pierre établit une nouvelle hiérarchie nobiliaire liée au service militaire et civil.
De telles transformations ne purent se faire qu'au prix d'un énorme effort de la population, soumise à une pression fiscale terrible, alors que l'autoritarisme du tsar (imposant un rythme effréné à toutes les réformes qu'il exigeait) s'associait à une forte aggravation du servage.
Lorsque Pierre le Grand mourut soudainement le 8 février 1725 (calendrier julien), son pays occupait une place politique et économique indiscutable. Pourtant, un fossé gigantesque s'était creusé entre l'élite russe européanisée et le reste de la population, restée fidèle à la culture traditionnelle, fossé qui ralentit la Russie dans sa marche vers l'industrialisation. La forte, et parfois cruelle, personnalité du tsar fut décrite par Voltaire dans son Histoire de la Russie sous Pierre le Grand.
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