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26 JANVIER


1855


Mort de Gérard de Nerval

Le poète Gérard de Nerval est retrouvé pendu, près du Châtelet à Paris. Il a 47 ans.

Né à Paris, en 1818, Gérard Labrunie (Nerval est un pseudonyme emprunté à un clos familial) avait deux ans lorsque sa mère mourut, en Silésie. Elle accompagnait son mari, médecin de la Grande Armée. Gérard voua un culte à sa mémoire, et le traumatisme causé par cette absence est à l'origine de son tourment.

Il vécut ses premières années dans le Valois, chez son grand-oncle maternel, Antoine Boucher, qui possédait une petite maison à Mortefontaine. Au retour de son père, en 1814, il le suivit à Paris. Il prépara son baccalauréat au collège Charlemagne. L'été, cependant, il retrouvait les forêts de son enfance. Mortefontaine, mais aussi Chantilly, Senlis, Chaalis, Ermenonville l'ont imprégné de souvenirs. Lorsque la maison d'Antoine Boucher fut vendue, en 1825, cet événement familial marqua pour lui la fin d'un premier cycle affectif.

Il vit une vie de dandy mondain, rencontre des artistes, des poètes, des musiciens, et s'initie aux sciences occultes. Nerval souffre de troubles psychiques très sévères. Sa 1ère crise de délire s'était produite en février 1841. Entre ses différents internements en la clinique psychiatrique du Dr Blanche, il a composé les " Filles du feu ", " Aurélia " et les sonnets de " Chimères ".

Son œuvre préfigure Baudelaire et Mallarmé, aussi bien que les tentatives des surréalistes. Sa passion malheureuse depuis 1836 pour l'actrice Jenny Colon développe son mythe féminin qui intercède pour sa propre rédemption. Obsédé par une autre vie dont seuls les rêves nous rendent compte, sa poésie fut une sorte d'incantation, un appel du langage à un monde invisible, comme dans " Loreley ".

" Aurélia " ou " le Rêve et la Vie " illustre bien la " descente aux Enfers " du poète. Nerval est convaincu que le songe aide à percer " ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent des mondes invisibles ".

" Fantaisie ".

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :-
C'est sous Louis Treize ; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit...
Puis un château de briques à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;
Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... - et dont je me souviens !

Cam

Remerciements à Cam


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