LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


23 JANVIER


1783


Naissance à Grenoble de Henri Beyle, dit Stendal

Ses premières années furent malheureuses : sa mère, qu'il adorait, mourut en couches alors qu'il avait sept ans. Confié à sa tante Séraphie, il se révolta contre son percepteur, l'abbé Raillane, puis contre son père, qui incarnait pour lui le rigorisme moral le plus insupportable et toute la mesquinerie étroite et avaricieuse de la bourgeoisie qu'il avait en horreur. Le seul membre de sa famille avec lequel il eut une relation d'affection et de complicité était son grand-père Gagnon, vieux philosophe plein de sagesse et favorable aux idées révolutionnaires.

Après ses humanités, le jeune Henri Beyle entra à l'École centrale de Grenoble, puis se rendit à Paris pour y poursuivre ses études de mathématiques. Il songea un moment au concours de l'École polytechnique, mais y renonça pour s'engager dans l'armée de Bonaparte (1800) et devint sous-lieutenant de dragons dans l'armée d'Italie. Sans doute hanté par le souvenir presque amoureux d'une mère d'origine italienne, il s'enthousiasma pour ce pays et pour sa culture et commença, dès 1801, à reporter ses impressions de voyage dans son Journal (posthume, 1888-1935).

De retour à Paris en 1802, il se mit à écrire, avec l'ambition de composer "des comédies comme Molière". Il y mena un temps une vie mondaine de dandy, fréquentant les salons et les théâtres, puis, sans doute faute de mieux, reprit du service dans l'Intendance (1806), et accompagna l'armée de Napoléon en Allemagne, où la petite ville de Stendal lui fournit son futur pseudonyme. Sa carrière se poursuivit avec régularité et ennui : adjoint aux commissaires des guerres, chargé de missions diplomatiques sous les ordres du comte Daru à Strasbourg, à Vienne et à Linz (1809), il fut nommé auditeur au Conseil d'État en 1810 puis inspecteur du mobilier et des bâtiments de la Couronne. C'est dans le cadre de ces fonctions qu'il se lia avec Mérimée et qu'il renoua avec cette existence raffinée et brillante qu'il avait connue lors des premières années passées à Paris.

La chute de Napoléon et le régime de la Restauration mirent une fin brutale à sa carrière, le jetant dans l'incertitude et la précarité, mais le rendant aussi à sa liberté. Après avoir participé à la campagne de Russie, il repartit pour l'Italie et, décidé à devenir lui-même milanese et citoyen italien, s'installa à Milan, où il put succomber aux plaisirs de la musique et de l'amour.

Après une liaison orageuse avec une belle italienne, Angela Pietragrua, il s'éprit de Métilde Dembowska, sans voir sa passion payée de retour. C'est à Milan qu'il fit paraître " Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase " (1814), une " Histoire de la peinture en Italie " (1817) et surtout un essai, " Rome, Naples et Florence " en 1817, qui, signé pour la première fois du nom de Stendhal, marquait le début de sa véritable carrière littéraire.

Contraint de quitter l'Italie par dépit amoureux mais plus encore pour des raisons politiques – les Autrichiens lui reprochaient ses sympathies à l'égard des libéraux italiens – , il rentra à Paris, où il fut assez bien reçu par la société mondaine et dans les milieux romantiques. La fréquentation des salons ne parvint pourtant pas à lui faire oublier sa passion malheureuse pour Métilde. Cet amour déçu lui inspira une analyse de l'amour (" De l'amour ", 1822), qui contenait sa théorie, devenue fameuse, de la "cristallisation".

Suivit un essai sur le théâtre, " Racine et Shakespeare " (1823 et 1825), où il prenait nettement parti pour la passion, le mouvement et la vie de l'œuvre de Shakespeare contre la perfection froide et figée des tragédies de Racine, pour le romantisme contre l'esthétique classique.

" Armance "(1827), le premier roman d'un jeune écrivain de quarante-trois ans, nourri par les premières années de la vie de l'auteur, ses études et ses débuts mondains, raconte l'amour qui unit Octave, jeune homme brillant et taciturne, à sa cousine Armance. Après une suite de malentendus — pour diverses raisons, les amants répugnent à s'avouer mutuellement leurs sentiments —, Octave abandonne Armance et part mourir pour la libération de la Grèce, sans avoir révélé les motivations de ses actes. Par sa vivacité et surtout par les thèmes abordés (l'analyse de l'âme du héros masculin, notamment), ce premier récit annonce les chefs-d'œuvre à venir.

En 1830, Stendhal publia son chef-d'œuvre, " le Rouge et le Noir ", qui passa presque inaperçu. La même année, il fut nommé consul de France à Trieste, puis à Civitavecchia l'année suivante. C'est dans ces circonstances qu'il entreprit la rédaction d'un nouveau roman, " Lucien Leuwen " (posthume, 1855), mettant en scène un jeune homme épris d'absolu, qui semblait un double bien né de Julien Sorel, le héros du roman " le Rouge et le Noir ". L'écrivain, peut-être parce qu'il comportait une critique trop directe du régime de Louis-Philippe, laissa ce récit inachevé.

Parallèlement, Stendhal rédigea ses écrits les plus directement personnels : les premières pages de ses " Souvenirs d'égotisme " (également inachevé) et son autobiographie, " Vie de Henry Brulard " (posthume, 1890), où il emprunte un pseudonyme transparent et qui est une clef intéressante pour décrypter l'œuvre romanesque.

Les écrits personnels de Stendhal, son Journal ou ses textes autobiographiques, expriment une conception du bonheur individuel comme but de l'existence, invitent à jouir de l'instant présent avant qu'il ne s'enfuie, proposent enfin une idéologie de la passion, de l'énergie et de la volonté, bref, un art de vivre qu'on a appelé du nom de son auteur, le " beylisme " et que lui-même désignait du nom d'" égotisme ".

Cette philosophie nourrit également tous les romans, et surtout " la Chartreuse de Parme ", qu'il publia en 1839 et qui se donne comme un hymne à l'amour et au bonheur. À l'image de leur créateur, les héros stendhaliens (Julien Sorel, Fabrice del Dongo, Lucien Leuwen, Octave), si bien intégrés au monde et cependant si parfaitement détachés des idéaux communs, ne cessent de rappeler, avec leur créateur, que " l'art est une promesse de bonheur ".

En congé à Paris de 1837 à 1838, Stendhal donna encore à la " Revue des Deux Mondes " quelques-unes de ses " Chroniques italiennes " (posthume, 1855), puis se rendit en province en vue d'écrire une relation de voyage qui lui valut d'être considéré comme l'inventeur du tourisme (les " Mémoires d'un touriste ", 1838).

Rentré à Civitavecchia, il entreprit un dernier roman, " Lamiel " (posthume, 1899, inachevé) et publia " Idées italiennes " sur quelques tableaux célèbres (1840). Victime d'une crise d'apoplexie, il revint précipitamment à Paris, où une nouvelle attaque l'emporta, le 23 mars 1842.

 


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