Bernardin naît
Bernardin de Saint-Pierre (Jacques Bernadin Henri, dit)
Le Havre 19/1/1737 - Éragny-sur-Oise 21/1/1814
Enfant imaginatif, il rêve d'aventure et d'inconnu en lisant " Robinson Crusoé " et, à douze ans, s'embarque sur le navire de l'un de ses oncles qui se rend à la Martinique. A son retour, il reprend ses études chez les jésuites à Caen et à Rouen, pense un moment à se faire missionnaire, puis finalement devient ingénieur militaire. Il est envoyé successivement dans le pays de Hesse et à l'île de Malte, quitte l'armée en 1762 et va chercher des protecteurs à l'étranger. Il parcourt ainsi la Hollande, la Russie, la Pologne, l'Autriche et l'Allemagne, et aura plusieurs aventure sentimentales, entre autres avec la princesse Marie Miesnik, qu'il aime passionnément, et avec la berlinoise Virginie Taubenheim. Tempérament nerveux, instable, d'une sensibilité maladive, caractère difficile et esprit chimérique (il rêve de fonder une république idéale sur les bords du lac Aral), il devra aussi se débattre longtemps avec des soucis matériels ; il pense déjà à vivre de sa plume, mais, en 1768, ayant obtenu un brevet de capitaine ingénieur du roi, il est envoyé en mission à l'île de France (île Maurice). Les habitants de l'île le déçoivent, et il est scandalisé par les abus de l'esclavagisme mais se sent peu à peu attiré par la beauté des paysages qu'il découvre au hasard de ses promenades. Il devra à l'intendant de l'île, M. Poivre, dont il essaie en vain de séduire la sage épouse, ses connaissance sur la flore mauricienne. Il en tire les éléments de son " Voyage à l'isle de France ...", récit sous la forme épistolaire où se fait jour son talent descriptif, et qu'il publiera en 1773 avec un demi-succès. De retour à Paris en novembre 1770, toujours impécunieux, il fréquente les philosophes mais ne tarde pas à se brouiller avec tous, excepté J. J. Rousseau, dont il devient le disciple. Les affinités les rapproches : goût de la rêverie, amour de la nature, religion du coeur et de la conscience. Ensemble, ils font de longues promenades à travers la campagne et se livrent à la méditation. En 1784, Bernardin de Saint-Pierre, publie le début de ses " Études de la nature ", entreprises depuis de longues années, oeuvre dont la philosophie assez simpliste tend à prouve l'existence de Dieu par la perfection d'une nature qui est un don de la Providence. Le réel mérite des ses " Études " ne se trouve ni dans les effusions humanitaires sur lesquelles s'achève l'ouvrage, mais dans l'expression de sensations neuves, le charme des descriptions de la nature qui suggèrent des détails concrets ou inattendus à travers le prisme d'une sensibilité déjà proche du romantisme. L'auteur apparaît même parfois comme un génial précurseur scientifique par ses observations en regardant la botanique ou la biologie. C'est au quatrième volume des " Études ... ", que se trouve le court roman " Paul et Virginie ", qui rend Bernardin de Saint-Pierre célèbre. Il est publié séparément ensuite, avec des illustration de Moreau le Jeune et de Joseph Vernet, et recueille immédiatement un éclatant succès. Défini par son auteur comme une " espèce de pastorale ", ce roman de l'aventure rustique et d'exotisme (Bernardin de Saint-Pierre crée le genre en cherchant, par l'insolite du cadre, à dépayser le lecteur et à favoriser cher lui le goût de l'évasion et des pays lointains) est à la fois un roman d'amour et un roman à thèse ( " parler du bonheur que donnent la nature et la vertu. " ). Il organise les souvenirs de l'île de France et les rêverie sociales de l'écrivain autour d'une mince intrigue et de l'histoire d'un naufrage. Il illustre aussi la conception de Rousseau selon laquelle l'homme ne saurait être bon et heureux qu'en dehors de la civilisation. Écrit dans le goût de l'époque et dans un style simple ou noble, parfois négligé, parfois boursouflé, il marque un moment dans l'histoire des moeurs et de la sensibilité françaises. Traduit dans plusieurs langues, il aura de nombreuses contrefaçons. En 1790, Bernardin de Saint-Pierre reprend encore l'idée de régénération de l'homme par la nature dans " La Chaumière indienne ", qui a le mordant d'un conte philosophique. L'intention satirique est bien marquée (satire des religions, des sociétés savantes), et l'auteur se pose en défenseur des opprimés. " L'Arcadie " expose ses vues philosophiques et politique utopiques, son rêve d'une république idéale ; les principes nouveaux et la tradition, et " Le Café de Sarate " est un autre petit conte philosophique et satirique. " Les harmonies de la nature ", qui poussent le finalisme à l'absurde, font dire à Joubert : " Il y a dans le style de Bernardin de Saint-Pierre un prisme qui lasse les yeux. Quand on l'a lu longtemps, on est charmé de voir la verdure et les arbres moins colorés dans la campagne qu'ils ne le sont dans ses écrits. Ses harmonies nous font aimer les dissonances qu'il bannissait du monde et qu'on y trouve à chaque pas. " La dernière partie de la vie de l'écrivain devient plus facile : intendant du Jardin des Plantes (1792), professeur de morale à l'École normale supérieur (1794), il est reçu l'année suivante à l'Institut. Marié une première fois en 1792, à la fille de l'imprimeur P. F. Didot, de laquelle il aura une fille et un garçon ( Virginie et Paul ), il épousera, après la mort de sa femme ( 1799), une jeune fille de vingt ans. Désirée de Pelleporc, avec qui il achèvera ses jours dans le bonheur. L'Empire lui accordera une pension et le comblera de faveurs ( Légion d'honneur, 1806). Ses dernières années s'écouleront à Éragny-sur-Oise, où il s'est retiré. Il devient académicien en 1803.
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