LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


16 JANVIER


1945


On nationalise sans ménagement !

Nationalisation des Usines Renault. Confiscation de la part d’indemnité due à Louis Renault.

Il s’agit d’un cas particulier de la nationalisation. La confiscation d’un bien privé par l’état ne donne droit à aucune indemnité aux propriétaires du bien confisqué. Tandis que la nationalisation est le rachat par l’état d’un bien privé, comme dans les expropriations. Dans le cas des usines Renault, il s’agit bien d’une nationalisation. Chaque actionnaire, chaque copropriétaire à reçu sa part, sauf le patron, Louis Renault.

Né à Paris en 1877, Louis Renault est l’un des plus grands constructeurs d’automobiles français. Il construisit son premier véhicule en 1898, à l’âge de vingt et un ans. Cette première voiture, entièrement fabriquée par son inventeur, à l’exception du moteur (le moteur était un de Dion d’une puissance de 1,75 cheval-vapeur), comportait un chassais à tubes et une transmission par arbre et différentiel, ce qui constituait une première nouveauté à l’époque de la transmission par chaîne à rouleaux, système qui fut répandu et même utilisé dans les camions. Cette voiture comportait également une boîte de vitesses à trois rapports et une marche arrière, la troisième vitesse constituant une prise directe.

Cette prise directe était une autre nouveauté, et Louis Renault songea à vendre le brevet de sa boîte, mais, sur les conseils de son frère Marcel (1872-1903), il décida de créer sa propre entreprise. Le petit atelier familial se transforma en une entreprise Renault frères et commença à produire ses propres voitures. Celles-ci étaient des véhicules légers aussi soigneusement conçus que ceux beaucoup plus lourds de la même époque. Louis Renault prend alors un brevet sur la boîte à prise directe et le changement de rapport par train baladeur ; il inaugure ainsi une carrière d’inventeur, pendant laquelle il déposera plus de cinq cents brevets.

Le nouveau constructeur se fait alors rapidement connaître par ses succès dans les premières courses automobiles (Paris-Ostende en 1899, Paris-Toulouse-Paris en 1900, Paris-Bordeaux en 1901), où les voitures Renault sont victorieuses, aidées en partie par leur légèreté. Mais Marcel Renault meurt dans un accident pendant la course Paris-Madrid, et Louis Renault abandonne provisoirement la compétition. Il ne la reprendra qu’en 1906 au Mans pour le grand prix de France, mais sans plus conduire lui-même. Renault sera victorieux en 1906, obtiendra une deuxième place en 1907, puis une huitième en 1908. Une Renault prendra de nouveau le départ en 1929, mais ne remportera aucune distinction, et la firme renoncera, cette fois définitivement, à paraître sur les pistes. La marque ne reparaîtra sur les circuits qu’après la Seconde Guerre mondiale, mais ce sera sous le pavillon de la Régie.

La mort de Marcel marque un tournant dans la vie de la nouvelle firme. Aidé par son autre frère, Fernand (1865-1909), Louis Renault développe son entreprise dont il accroît et diversifie la production. De nouveau seul après la mort de Fernand, il prend progressivement ce style autoritaire et cassant dont il lui sera longtemps fait grief.

La Première Guerre mondiale éclate, et ses ateliers se reconvertissent en partie dans la production de guerre (pièces pour avions, munitions). Sa plus grande contribution à l’effort de guerre est cependant la création du char Renault FT, qui sera pendant longtemps le meilleur des chars légers et dont on retrouvera encore quelques exemplaires en service pendant la guerre civile espagnole (1936-1939). Louis Renault invente ce char, après l’échec relatif des appareils Schneider et Saint-Chamond, et en produit environ trois mille exemplaires, avec le soutien et la participation officieuse — sinon totalement opposée aux injonctions gouvernementales — du général Estienne.

À la fin de la guerre, Louis Renault retourne aux productions civiles et continue à développer et à diversifier ses fabrications (machines agricoles, moteurs pour la marine et l’industrie, diesels pour véhicules lourds) et à étendre son empire ; celui-ci compte, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 50 000 employés et produit quotidiennement 250 voitures ; c’est l’apogée de Renault.

Ses usines ayant travaillé pendant la guerre pour les autorités d’occupation, il est accusé de collaboration et meurt à Paris sans avoir pu présenter sa défense. Ses usines, détruites à 80 %, sont saisies et nationalisées par l’ordonnance du 16 janvier 1945, qui crée la Régie nationale des usines Renault (R.N.U.R.).

 


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