LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


1743


Mort de Fleury !

La mort d’un ministre de 88 ans, qui gouverna le Roi pendant 32 ans. Né en 1653, fils d’un receveur des décimes, André Hercule de Fleury fut voué, en raison de la pauvreté de sa famille, à la carrière ecclésiastique. Il fut introduit à la cour par le cardinal de Bonzi, grand aumônier de la reine Marie-Thérèse et recueillit sa succession en 1679. Après la mort de la reine, il fut expédié dans l’évêché de Fréjus, où l’avait placé, disait-il, "l’indignation divine". Néanmoins, il avait su, par son attitude modeste, gagner la confiance de Mme de Maintenon et celle de Louis XIV. Celui-ci le désigna comme précepteur de son arrière-petit-fils, le futur Louis XV. Fleury prit son rôle à cœur : il réunit autour de son élève d’excellents professeurs, lui donna le goût des sciences et de la géographie et sut se faire obéir sans éclats d’autorité. En retour, l’orphelin lui voua un attachement qui, en dépit des cabales, ne se démentit jamais. Fleury a soixante-treize ans quand, en 1726, il reçoit la place, sinon le titre, de Premier ministre et, la même année, le chapeau de cardinal. Bel homme, de santé robuste, patient et tenace, sachant plier devant la nécessité et cacher sa volonté de puissance sous des dehors modestes et souriants, il avait beaucoup étudié et beaucoup appris pour compenser l’obscurité de ses origines. Lorsqu’il accède au pouvoir, il a adroitement manœuvré pour faire tomber le duc de Bourbon, son prédécesseur ; mais son ambition personnelle n’est pas seule en cause ; le nouveau cardinal est persuadé qu’il est le seul à pouvoir gouverner la France. Le roi n’a que seize ans et lui a donné toute sa confiance. Les idées de Fleury sont simples et peuvent se résumer en un mot : maintenir. Maintenir l’absolutisme royal, l’équilibre des finances, la paix à l’intérieur et à l’extérieur. Il s’entoure d’hommes obéissants, solides et efficaces. Le premier acte du gouvernement est de fixer la valeur de la livre tournois, valeur qui, contrairement aux usages précédents, ne changera plus jusqu’à la Révolution. Cette stabilisation de la monnaie redonne confiance au grand commerce que favorise également l’action du Bureau et du Conseil du commerce ; les progrès eussent sans doute été plus spectaculaires si Fleury ne s’était obstiné à maintenir l’économie française dans le carcan imposé par Colbert. La prospérité croissante du royaume permet au gouvernement d’augmenter à plusieurs reprises le bail de la Ferme générale et de parvenir à l’équilibre du budget. Mais, en dépit de cette action bienfaisante, la grande réforme fiscale, celle qui aurait fait participer les privilégiés aux dépenses de l’État n’est pas entreprise ; lorsque le Trésor est vide, on se contente de rétablir le dixième ou de recourir à un nouvel emprunt. Le maintien de la paix intérieure et, parallèlement, de l’autorité royale pose, dès le début du ministère, de graves problèmes. Depuis la mort de Louis XIV, les jansénistes, le Parlement, le clergé gallican mènent contre le pouvoir une guerre d’escarmourches. Pour réduire le clergé sympathisant, Fleury fait alterner la diplomatie et la brutalité ; le plus irréductible, l’évêque de Senez, est déposé et enfermé à la Chaise-Dieu. Le Parlement refuse alors de juger les prêtres accusés de répandre l’hérésie et il multiplie les remontrances ; présidents et conseillers sont exilés. L’occasion était bonne pour mettre fin à l’agitation parlementaire en réformant la justice ; Orry et Maurepas y encourageaient le roi. Les conseils de prudence de Fleury en détournèrent Louis XV, qui ne s’y résoudra que quarante ans plus tard. Attaché à la paix, Fleury doit mener deux guerres. La première, dite de la Succession de Pologne, était inévitable, car il fallait soutenir les prétentions du beau-père de Louis XV. Grâce à l’habileté du cardinal, la guerre coûta peu d’argent et peu d’hommes, et rapporta la Lorraine. Frédéric II écrit alors que le traité de Vienne, qui noue une nouvelle alliance avec l’Autriche, fait de la France l’arbitre de l’Europe. Deux ans après le règlement de Vienne, la paix est de nouveau menacée : aucune nation européenne ne peut étendre sa puissance sans menacer l’hégémonie de ses voisins. La succession d’Autriche sert de prétexte à un nouveau conflit. Fleury a quatre-vingt-huit ans et, en dépit d’une sage administration, n’a pas su se rendre populaire. Il s’oppose en vain à cette guerre inutile et coûteuse dont il ne verra pas la fin. Le 14 janvier 1743, il s’éteint dans sa maison d’Issy, qu’il avait remplie d’œuvres d’art. Seul le roi le pleura. Le plus grand malheur du souverain était sans doute de perdre trop tard ce précepteur-ministre qui l’avait maintenu jusqu’à trente-deux ans dans l’obéissance.

Cam.

Remerciements à Cam


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