LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


10 JANVIER


1929


Naissance d'un héros !

La parution d’un livre qui marque le début de la carrière internationale d’un jeune reporter qui fera parler de lui auprès des jeunes de 7 à 77 ans. "Tintin au pays des Soviets" est créé par Hergé.

Certes, Hergé (Georges Remi) avait déjà occupé les pages de quelques revues pour jeunes avant de publier la première planche du Pays des Soviets dans le "Petit XX", mais c’est la première "professionnelle"!

Le dessinateur belge Georges Rémi, dit Hergé (nom composé à partir des initiales), a une enfance marquée par le scoutisme. Son grade de chef de patrouille et un talent déjà affirmé pour le dessin lui valent de collaborer à "Boy-Scout", organe des scouts catholiques belges. Sa première bande dessinée, publiée dans ce journal en 1926, s’appelle "Totor, chef de la patrouille des Hannetons".

À son retour du service militaire, Hergé entre au XXe Siècle, "journal catholique et national" (journal de droite, proche de Maurras, en France) dont le directeur lui confie la page destinée aux enfants. Après quelques histoires dont la plus connue demeure "Les Exploits de Quick et Flupke", il réalise, en 1930, la première aventure de Tintin: "Tintin au pays des Soviets". Il est alors influencé par Benjamin Rabier ("Gédéon, le canard"), Alain Saint-Ogan (Zig et Puce") et Geo Mc Manus ("La Famille Illico") mais aussi par Pinchon ("Bécassine"). Le personnage de Tintin va très vite connaître un vif succès et deviendra l’un des héros imaginaires de l’époque contemporaine. Un retour fictif de Tintin, après ses exploits en Russie, organisé à la gare de Bruxelles, attire un nombre important d’enfants. C’est le départ d’une série de trente-deux albums qui s’achèvera, en 1976, avec Tintin et les Picaros.

Hergé cherchera, par intermittence, à créer d’autres personnages: "Popol et Virginie", "Les Aventures de Jo, Zette et Jocko", "Le Stratonef H 22", "La Vallée des cobras". Aucune de ces fictions n’a approché, même de très loin, le succès dont Tintin est encore l’objet. En avançant dans les aventures du reporter-détective et de son chien Milou, Hergé ajoute à son récit des personnages savoureux qui personnifient de manière cocasse des lieux communs: le professeur Tournesol, image du savant sourd et distrait manifestement inspiré du professeur Picard qui bénéficiait alors d’une certaine notoriété, le capitaine Haddock, très porté sur l’alcool, qui invente des jurons, le couple policier que forment les Dupond-Dupont, dont l’un des membres reprend, en écho, les déclarations de son collègue. Tintin, lui, est directement issu des expériences scoutes de son auteur. Il est courageux et épris de justice, mais se pose, tout au moins à ses débuts, comme un défenseur des idées et de la morale établies. D’ailleurs, le deuxième album, "Tintin au Congo", reflète les préjugés des Blancs colonisateurs à l’égard des Africains colonisés.

Par la suite, le contenu va notablement évoluer: Hergé s’appuyera sur des données psychologiques et ethnologiques plus sûres. Le Lotus bleu (1936), à cet égard, représente le tournant. Il a d’ailleurs été influencé par un jeune chinois, Tchang (que l’on retrouve dans "Tintin au Tibet"), un étudiant aux Beaux-Arts de Bruxelles que son aumônier scout lui a présenté et auquel il va se lier d’une amitié indéfectible. Mais aussi le faire entrer dans une humanité plus réelle (les massacres et les exactions des Japonais en Chine, le manque de conscience et de courage des grandes nations, le cirque de la Société des Nations, la drogue comme instrument de pouvoir etc.)

Si bien que son héros devient un véritable mythe dans cette deuxième moitié du XX° siècle. Près de 300 millions d’albums vendus. Près de 100 millions depuis 22 ans, depuis 1976, depuis le dernier album ("Tintin chez les Picaros"). Tintin entre d’ailleurs à l’université. Il y a plusieurs chaires de Tintinophilie, dont une à La Sorbonne. Les ethnologues, les sociologues et autres spécialistes de la "psy" s’en sont emparés.

Et parallèlement, l’exploitation de son image à des fins commerciales. Plus de 75 sociétés (publicité, jouets, livres etc) exploitaient encore il y a 5 ans une licence (vendue chèrement) Tintin. Mais depuis 1996, une société ("Moulinsart") gère drastiquement les droits dérivés et protège les héritiers et ayants droit. La veuve d’Hergé (sa deuxième femme) Fanny Rodwell et son deuxième mari, Nick Rodwell gèrent "Moulinsart" de façon autoritaire et ont cassé les contrats de la plupart de des firmes pour "non-respect" de l’œuvre du créateur. La société occupe plus de 50 personnes et pourchasse toute contrefaçon, tout écart par rapport à l’œuvre initiale. Elle est plus que milliardaire et de ce fait crée un esprit qui n’est plus dans le sens du héros de Hergé ni du rêve des enfants de 7 à 77 ans.

Cam.

Remerciements à Cam


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