SDN et Traité de Versailles
Le traité de Versailles décrète retire à la Prusse la ville de Memel.
L’histoire de la ville et du territoire de Memel (Memelland, Memelgebiet) est étroitement liée à celle du flux et du reflux du germanisme dans les pays baltes. Fondée en 1252 par les chevaliers "Porte-Glaive" sous le nom de Neu-Dortmund, érigée en ville en 1254, Memel devient possession de l’évêque de Courlande; en 1328, elle passe à l’ordre Teutonique. Devenue de ce fait prussienne, elle le restera jusqu’au 10 janvier 1920.
Au cours des guerres du XVIIème et du XVIIIèmesiècle, occupée par les Suédois (1629-1635) et par les Russes (1757-1762), elle devient, après Iéna, refuge de la cour et de la famille royale de Prusse (1807-1808). Un des principaux ports d’exportation de mâts pour la marine britannique, active place de contrebande anglaise à l’époque du Blocus continental, elle n’atteignit jamais la taille d’une grande agglomération (moins de 50000 habitants en 1939, dont 92% d’allemands) avant la Seconde Guerre mondiale.
Le territoire de Memel (2746,7km²) est une création de l’article 99 du traité de Versailles (10 janvier 1920) qui obligeait l’Empire allemand à renoncer, au profit de l’Entente, à la partie nord-est de la province de Prusse orientale (celle située au-delà du Niemen), malgré l’opinion exprimée par la partie allemande de la population. Un grand nombre de paysans lituaniens avaient, en effet, été installés par les chevaliers Teutoniques au XVème et au début du XVIèmesiècle, mais, surtout grâce à la politique de "colonisation" systématique pratiquée par les souverains prussiens du XVIIIèmesiècle, ils s’étaient, en partie, germanisés tout en conservant, fréquemment, la langue lituanienne et leur forme d’habitat originale (fermes isolées de l’intérieur s’opposant aux villages en ligne des pêcheurs du littoral).
Le 15 février 1920, le général français Odry prit en main l’administration de ce territoire secondé par un haut-commissaire civil. En janvier 1923, profitant de la crise internationale provoquée par l’occupation de la Ruhr, des francs-tireurs lituaniens pénétrèrent dans le territoire que les troupes françaises leur abandonnèrent sans combat. En février 1923, la conférence des ambassadeurs de Paris s’inclina devant le fait accompli et, par la convention du 6 mai 1924, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon transférèrent à la Lituanie leurs droits sur le territoire de Memel.
Un statut signé le même jour, ratifié par la Société des Nations et par le gouvernement lituanien, faisait du territoire une entité autonome membre de l’État lituanien. Le gouverneur était nommé par le gouvernement lituanien sous l’autorité duquel étaient, en outre, placés les transports, les douanes, les postes. Le régime était parlementaire : Landtag élu au suffrage universel devant lequel le gouvernement (Directoire) était responsable. À toutes les élections, les députés allemands furent en majorité. Les conflits furent souvent aigus entre les Landtage et les gouverneurs accusés par les députés allemands, non sans raison, de persécuter l’élément germanique.
Après l’admission du Reich à la Société des Nations, la délégation allemande à Genève se fit souvent l’écho de ces récriminations. En 1932, sur la plainte du gouvernement allemand lui-même, la Cour internationale de La Haye condamna le gouvernement lituanien. Tous les partis politiques "allemands" se rallièrent à la position du chef nazi Neumann qui demandait le rattachement au Reich. Dans la nuit du 21mars 1939, le gouvernement lituanien s’inclinait devant un ultimatum de Berlin. La ville fut prise par les Russes en octobre 1944 et rattachée à la république soviétique de Lituanie; elle prit le nom de Klaipeda.
Cam.
Remerciements à Cam
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