LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


9 JANVIER


1945


Il élimine l'opposition !

L’exécution d’un haut fonctionnaire du III° Reich, opposé à Hitler, Karl Goerdeler.

Né en 1884, Karl-Friedrich Goederler, après des études de droit à Tübingen et à Königsberg, entre en 1911 dans l’administration communale. Maire de Königsberg (1922), puis de Leipzig (1930), il se révèle un grand administrateur et un excellent organisateur, notamment dans le domaine économique. Sceptique envers le régime parlementaire, il était membre du Parti national allemand. En décembre 1931, le chancelier Brüning fait appel à lui pour assurer la charge de Reichskommissar (commissaire du Reich) pour les prix.

À l’avènement de Hitler, Goerdeler accorde sa confiance aux nouveaux dirigeants sans adhérer au parti et accepte de collaborer avec les nazis. Hitler le nomme à nouveau commissaire du Reich aux prix le 5novembre 1934. Mais Goerdeler ne tarde pas à reconnaître l’incompatibilité entre ses idées d’un État constitutionnel libéral et les thèses du national-socialisme. Il quitte son commissariat en juillet 1935; deux ans plus tard, il est obligé d’abandonner sa charge de maire de Leipzig. Devenu conseiller financier de la Stuttgart Company, que dirige l’industriel antinazi Robert Bosch, Goerdeler entreprend de nombreux voyages à l’étranger; il y noue des relations grâce auxquelles il va devenir bientôt le pivot central du mouvement de la résistance au nazisme. Sa personnalité, assez énigmatique, s’impose si impérieusement que les conjurés, discutant de l’éventualité d’un changement de régime, le désignent comme futur chancelier du Reich. Mais si Goerdeler fait preuve d’une volonté puissante, il n’a en revanche aucun sens des réalités. De 1941 à 1943, tandis que les résistants de tous horizons rongent leur frein, Goerdeler, lui, rédige d’interminables mémorandums, élabore des projets de constitution, organise le futur gouvernement qu’il substitue déjà en esprit à celui de Hitler... Pour se concilier d’autres chefs de l’antinazisme et malgré ses opinions conservatrices aussi rigides que sa personne, il adopte en partie leur programme politique de gauche. Par ses amis à l’étranger il tente d’obtenir des Alliés l’assurance qu’une paix honorable serait accordée au gouvernement qui succéderait à celui de Hitler après le coup d’État. À l’automne de 1943, il leur fait parvenir un mémorandum dans lequel il demande la reconnaissance des frontières allemandes de 1914, modifiées de façon à y inclure le pays des Sudètes et l’Autriche. Il ignore manifestement que les Alliés combattaient moins le national-socialisme qu’une Allemagne forte. Son échec est total sur ce plan. Tout en refusant d’admettre l’assassinat de Hitler, Goerdeler ne cesse d’aiguillonner les conspirateurs qui l’admirent mais ne l’aiment guère: "Irréductible et rétrograde" (Moltke); "téméraire, infatigable et réactionnaire" (von Hassel); "d’une rare indiscrétion" (Gisevius); "c’est le promoteur d’une révolution de barbes grises" (Stauffenberg). Tout un groupe de conspirateurs dirigés par Stauffenberg tournent leurs regards vers l’est; Staline serait-il plus compréhensif que Churchill et Roosevelt; Stauffenberg décide pourtant de passer à l’action au lendemain du débarquement en Normandie. Goerdeler, qui fait depuis longtemps l’objet d’une surveillance étroite de la part de la Gestapo, est arrêté le jour même de l’attentat manqué du 20juillet 1944. En prison, Goerdeler écrivit, à la demande de ses geôliers, une étude concernant l’administration future de l’État sous le régime... national-socialiste. Désireux de prolonger la procédure, il accumulait d’autre part les détails lors de ses interrogatoires. Entre le 3 et le 9janvier 1945, Goerdeler dicta quatre-vingt-deux pages dactylographiées sur le problème des réformes financières. Un autre texte, de sa main, s’arrête au milieu d’une phrase à la page soixante et une. Sans doute vint-on alors le chercher pour l’exécuter avant qu’il n’eût le temps de le terminer.

Cam.

Remerciements à Cam


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