Du social chez les députés ?
Le chemin qui mène de la revendication démocratique individualiste à la revendication sociale et du mythe de la révolution libérale et bourgeoise (1789) à celui de la révolution sociale prolétarienne se dessine dans les discours qui scandent tout le XIXème siècle européen et où se mêlent les échos de la révolution passée à ceux du christianisme et à l’annonce de futurs orages libérateurs (L. Lefèvre, S.J.)
Ainsi, en 1834, l’Allemand T. Schuster (auteur des " Pensées d’un républicain " ) écrit : " Si l’on veut que la lumière se fasse pour le peuple, il faut que, dans la révolution prochaine, on ne renverse pas seulement le trône mais la monarchie. Or, la monarchie, ce ne sont ni des écussons blasonnés ni des couronnes royales, la monarchie, c’est le privilège. Et le privilège de tous les privilèges, c’est la richesse. "
C’est à partir de 1830 que se fait en France un rapprochement entre les ouvriers, préoccupés jusqu’alors de questions professionnelles et qui décident tout à coup d’assumer leur citoyenneté et de prôner une République sociale, et des républicains, jusqu’alors cantonnés dans le champ étroit de la politique et qui se mettent à tenir un discours socialiste.
C’est aux obsèques du général Lamarque et à l’insurrection qui les accompagne en 1832 que l’on arbore le drapeau rouge ; c’est en 1834, à la séance de la Chambre du 6 janvier, que le marquis Voyer d’Argenson, député démocrate, déclare : " But prochain, l’égalité des droits politiques ; but final et permanent, l’égalité des conditions sociales ", ajoutant plus loin " vous devez tous abaisser vos fronts dans la poussière devant la souveraineté du peuple " (une souveraineté qui devient ambiguë à cumuler ainsi la dimension politique et la dimension sociale).
La métaphore religieuse ne doit pas surprendre. En effet, tout un mysticisme d’origine chrétienne s’investit dans cette prise en charge politique de la condition des pauvres. Avec, Louis Blanc, Fourrier, Lamartine, le peuple devient " agent de Dieu " et son triomphe prochain celui du " règne de Dieu ". C’est Pierre Leroux qui, voyant étrangement en Jésus-Christ " le plus grand économiste ", écrit : " Ou le christianisme est une chimère ou il est le gage que l’égalité qu’il porte dans ses flancs sous le nom de fraternité s’établira sur la terre et par conséquent qu’il n’y aura pas toujours des pauvres. " Rappelant la phrase de saint Matthieu, " Heureux les humbles car ils hériteront de la terre ", il la commente ainsi : " Si vous croyez aux livres sacrés, ce passage seul doit vous éclairer ; l’Évangile ne dirait pas que les humbles auront la terre s’il devait toujours y avoir des pauvres et des riches sur la terre. "
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