Antisémite ?
La dégradation publique, à l’Ecole militaire du Capitaine Dreyfus.
Des documents secrets avaient été dérobés à l’état-major général et vraisemblablement communiqués à une ou plusieurs puissances étrangères. À la suite d’une rapide enquête, le chef d’état-major général, Mercier, fit arrêter le capitaine d’état-major Alfred Dreyfus, d’origine juive. Traduit en conseil de guerre, le capitaine Dreyfus, bien qu’il ait toujours protesté de son innocence, fut condamné à la dégradation militaire et déporté à vie dans l’île du Diable, au large de la Guyane française. Le jour de la dégradation à l’École militaire, le 5janvier 1895, une foule hurlante s’était rassemblée aux cris de: "À mort les juifs!" Il n’était pas douteux pour elle que, si Dreyfus avait trahi, c’était parce qu’il était juif. Ce qui est aujourd’hui certain, c’est qu’il fut, en effet, accusé et condamné avec une incroyable légèreté parce que juif.
Mais un an plus tard, en 1896, le colonel Picquart, chef du deuxième bureau, acquit la conviction que le véritable traître était un commandant d’origine hongroise, Esterhazy. Quand il fit part à ses chefs de sa découverte, ils ne lui en surent aucun gré, et l’expédièrent comme gêneur dans le Sud tunisien. Il fallait que le seul et unique coupable fût le juif Alfred Dreyfus.
À partir de ce moment, l’affaire Dreyfus revêtit une ampleur véritablement nationale. La France fut coupée en deux : d’un côté la droite nationaliste et cléricale, avec Barrès, Déroulède et la "Ligue des patriotes", soutenait l’état-major, "l’honneur de l’armée", et s’opposait passionnément à la révision du procès Dreyfus.
L’antisémitisme était, une fois de plus, la conviction commune de cette partie de l’opinion. De l’autre côté, derrière la "Ligue des droits de l’homme" et l’"Union pour la vérité", à l’appel du grand romancier Émile Zola, qui avait publié dans L’Aurore, journal de Clemenceau, son fameux article "J’accuse", mettant en cause les plus hautes autorités de l’État, à commencer par le président de la République, la gauche et l’extrême gauche se dressaient en faveur de l’innocent condamné. Tandis que la majorité de l’Académie française était d’un côté, la plus grande partie de l’Université était de l’autre.
Condamné une seconde fois par un Conseil de guerre qui, au mépris de tout droit, ne voulut pas infliger de démenti au premier conseil de guerre ni à l’état-major général, finalement Dreyfus fut solennellement réhabilité.
Mais il avait fallu, pour parvenir à ce résultat, que les élections de 1902 eussent donné le pouvoir à la gauche soutenue par l’extrême gauche. On a pu parler sans exagération de "révolution dreyfusienne".
Cette banale affaire d’espionnage s’était élevée à la hauteur d’un drame national. C’est l’honneur de la nation française de s’être ainsi passionnée pour le sort d’un innocent. Mais l’affaire Dreyfus avait aussi clairement posé le problème de la présence des juifs dans la nation. Les nationalistes vaincus se résignèrent mal à leur défaite. Jamais l’"Action française", par exemple, fondée dans la passion de l’affaire Dreyfus, n’a consenti à reconnaître l’innocence de l’accusé, malgré les preuves éclatantes qui en furent fournies après la guerre de 1914, et il a toujours subsisté en France un vieux levain d’antisémitisme, que la défaite de 1940 a réveillé.Cam.
Remerciements à Cam
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