Égaux, les drapeaux !
Une proposition de décret du Ministère de la Guerre concerne la maquette du drapeau français.
Le nombre des couleurs franches et héraldiques est fort limité d’où la combinaison du bleu, du blanc et du rouge fut assez fréquente en France à travers les siècles. Le dauphin futur Charles VII (1419), Charles IX (1566-1570), Henri IV (1591) et Louis XIII ont eu la livrée aux couleurs vermeil (ou rouge, ou incarnat), blanc et bleu, tout comme les autres rois Bourbons.
Le bleu dérive du champ d’azur des armes de France, provenant du manteau cosmique du sacre. Le rouge était en réalité la couleur de l’oriflamme, du drapeau rouge à croix blanche servant depuis le XVème siècle, du pavillon des galères, des "brisures" des princes cadets sur l’écu royal. Henri IV, déjà roi de Navarre (ayant ainsi des chaînes d’argent sur champ de gueules), unit tout cela sur sa "cornette des couleurs et livrées", deux fois rayée horizontalement de tricolore, sa "devise" brochant. Le blanc était le champ de l’écu à croix rouge des Français sous les croisades, symbole pris par la suite en Angleterre ; on sait que les bandes de Du Guesclin allant en Castille venger la mort de la reine Blanche de Bourbon s’ornaient de croix blanches, d’où le surnom de "compagnie blanche" (1366).
Vers la fin de la guerre de Cent Ans, le blanc devint officiellement la couleur de la croix des Français, de l’étendard fleurdelisé d’or du Roi du Ciel porté par sainte Jeanne d’Arc. La France est représentée comme une femme en robe blanche fleurdelisée d’or dans Les Vigilles de Charles Septiesmede Martial de Paris (1484). Au XVIème siècle, le blanc devint couleur de commandement pour celui qui agissait au nom du roi.
Le pouvoir municipal révolutionnaire de Paris créa, le 13 juillet 1789, une nouvelle milice parisienne à cocarde bleu et rouge, antiques couleurs de Paris (dès 1358, l’écu de la ville montrait un bateau d’argent sur champ de gueules sous un chef d’azur fleur de lisé d’or).
La présence de nombreux gardes-françaises (dont l’uniforme était tricolore) dans la milice qui deviendra garde nationale et le souvenir des couleurs américaines durent jouer un rôle car Louis XVI, balayant les cocardes blanc et noir de l’armée, imposera la cocarde tricolore surnommée "nationale" ou "de la liberté" : on ne sait pourquoi les Mémoires de Louis-Philippe Ier et L’Appel de Louis XVI à la nation (1793) la présentent uniquement comme la livrée des Orléans. Le 27 pluviôse an II (15 févr. 1794), la Convention nationale décida que la marine aurait le pavillon entièrement tricolore, bleu (à la hampe), blanc et rouge, à partir du 1er prairial (20 mai), date de naissance de l’actuel drapeau français.
Les armées de la Révolution, du Consulat puis de l’Empire accommodèrent de diverses manières les trois couleurs, et il fallut attendre le 8 février 1812 pour que les drapeaux, étendards et guidons aient les trois bandes verticales, à l’image du drapeau qui flottait au-dessus du pavillon central des Tuileries quand Napoléon Ier y résidait (c’est vers 1793 que l’on mit un drapeau tricolore en cet endroit, car la Convention siégeait à côté).
Sommaire - Sélection du mois - Sélection du jour - 9 février