Vive la gym !
Le cours de gymnastique est introduit dans l’enseignement en France.
C’est sous le second Empire qu’un décret impérial imposa le cours de gymnastique dans l’enseignement public en France ; mais les écoles privées ne l’intégrèrent que bien plus tard, certaines mêmes après 1918.
Certes la 1ère association gymnique de France vit le jour à Lyon en 1841, et le premier club pour jeunes en 1861 à Guebwiller en Alsace il reste encore aujourd'hui le plus ancien club de France toutes catégories. Mais la France restait à la traîne des grands pays Européens.
Dans le sillage du grand mouvement de retour à la nature (qui accompagne le Romantisme) et donc à l’Homme, La Prusse et l’Allemagne en 1er lieu, mais aussi la Suisse, l’Autriche, l’Angleterre et puis l’Italie, avaient pris une avance considérable depuis plus d’un demi siècle en ce domaine de la formation physique.
La France ignorait cette évolution. Son " grand corps inerte " ; ainsi que l’écrivit Coubertin, fut cependant secoué de temps à autre par les vigoureuses interventions de penseurs, de philosophes, d’écrivains. Ainsi, en 1871, dans ses Notes sur l’Angleterre , Taine dénonçait l’éducation française : " L’adolescence se passe chez nous sous une cloche artificielle à travers laquelle suinte l’atmosphère morale et physique d’une capitale. Chez les Anglais, à l’air libre, sans séquestre d’aucune sorte, dans la fréquentation constante des champs, des eaux et des bois. Or, c’est un grand point pour le corps, l’imagination, l’esprit et le caractère que de se développer dans un milieu sain, calme et conforme aux sourdes exigences de leurs instincts... L’adolescent a besoin de mouvement physique ; il est contre nature de l’obliger à être un pur cerveau, un cul-de-jatte sédentaire. Ici, en Angleterre, les jeux athlétiques, la paume, le ballon, la course, le canotage et, surtout, le cricket occupent tous les jours une partie de la journée. En outre, deux ou trois fois par semaine, les classes cessent à midi pour leur faire place. L’amour-propre s’en mêle ; chaque école veut l’emporter sur ses rivales et envoie aux concours des rameurs et des joueurs choisis et soigneusement exercés [...]. Il n’y a pas en Angleterre de séparation profonde entre la vie de l’enfant et celle de l’homme fait. L’école et la société sont de plain-pied, sans mur ou fossé intermédiaire, l’une conduit et prépare l’autre. L’adolescent ne sort pas comme chez nous d’une serre à compartiments ; il n’est pas troublé, désorienté par un changement d’air. Non seulement il a cultivé son esprit, mais encore il a fait l’apprentissage de la vie... "
En effet, deux ans après le décret impérial, il n’a pas encore été appliqué. La guerre de 1870 a retardé la mise en place des structures nécessaires. La Troisième république mettra du temps à diminuer le retard de la France.
Émile Zola, dont on connaît l’amour pour la bicyclette, apporta lui aussi sa pierre, à la fin du XIXe siècle :
" Le corps, comme aux meilleurs temps du mysticisme, est singulièrement en déchéance chez nous. Il y a hypertrophie du cerveau, les nerfs se développent au détriment des muscles et ces derniers, affaiblis et fiévreux, ne soutiennent plus la nature humaine. L’équilibre est rompu entre la matière et l’esprit... Je voudrais que tout Paris, comme l’ancienne Lacédémone, se portât aux Champs-Élysées et s’y exerçât à la course, au jet du javelot ou du disque [...]. Mais nous voici avec nos habits modernes, régis par des idées de civilisation, constamment protégés par des lois, portés à remplacer l’homme par la machine, ivres de savoir et d’adresse. Quel besoin avons-nous donc d’être forts, d’avoir des muscles d’une forme parfaite et d’une vigueur extrême ? [...]. Avec un pareil régime, nous allons tout droit à la mort. Le corps se dissout, l’esprit s’exalte ; il y a détraquement de toute la machine. Les œuvres produites en arriveront à la démence. La gymnastique a été une nécessité sociale, presque une religion, pendant la période grecque ; elle a été un amusement, une passion honteuse sous l’Empire romain ; elle doit être chez nous un simple remède, un préservatif contre la folie "
Si bien que le baron Pierre de Coubertin, de retour d’un long voyage aux
États-Unis, pourra déclarer en prenant fait et cause dans son
ouvrage " Universités américaines " , en 1889,
pour le modèle anglo-saxon : " Au moment où se manifeste
en France la préoccupation de donner à l’éducation physique
la place importante qu’elle comporte, il était intéressant
de jeter les yeux sur un pays où les deux systèmes
d’éducation physique les plus opposés se trouvent en
présence : jeux libres venus d’Angleterre ; gymnastique
scientifique venue d’Allemagne. Il importe de remarquer que les jeux libres,
par le fait même que la liberté préside à leur
organisation, s’accommodent du voisinage de la gymnastique.
L’intolérance au contraire fait le fond de la gymnastique
allemande ; elle ne connaît que les mouvements d’ensemble, discipline
rigide et réglementaire perpétuelle. C’est un avertissement
pour nous de ne pas laisser prendre à l’éducation physique
le caractère scientifique et autoritaire que voudraient lui donner
certains théoristes plus soucieux des principes que de leur application,
amis du rationnel et ignorants de la pédagogie.
Coubertin fut écouté par certains ministres, notamment par
Jules Simon, qui régna longtemps en France sur l’éducation
publique. Ce dernier écrivait, en 1889 également : "On
fait un bachelier, un licencié, un docteur, mais un homme, il n’en
est pas question. Au contraire, on passe quinze années à
détruire sa virilité. On rend à la société
un petit mandarin ridicule qui n’a pas de muscles, qui ne sait pas sauter
une barrière, qui a peur de tout, qui, en revanche, s’est bourré
de toutes sortes de connaissances inutiles, qui a besoin d’être
dirigé en toutes choses : il faut, dit-il, que l’État
me prenne par la main comme l’a fait jusqu’ici l’université. On ne
m’a appris qu’à être passif. Un citoyen, dites-vous ? Je
serais peut-être un citoyen si j’étais un homme ".
Rudyard Kipling nous propose une merveilleuse illustration de cette attitude à l’égard du sport :
Si tu peux affronter triomphes et défaites
Et traiter ces deux imposteurs de la même
manière
Si tu sais forcer le chemin de la victoire
Et risquer ta gloire sur un seul coup de dés
Et perdre et repartir de zéro,
Et ne jamais te plaindre après avoir perdu,
Si tu sais contraindre ton cœur, tes nerfs et tes muscles,
À te servir alors qu’ils ont déjà faibli,
Et tenir bon encore lorsque tu es vidé
Sauf de ta volonté qui te répète " tiens bon ",
Si tu sais franchir la minute inexorable,
Quand il ne reste plus que soixante secondes de course,
Alors le monde t’appartient... "
Pour en revenir au décret impérial de 1869, la réaction de l’opinion publique fut catastrophique : Injures, pamphlets, caricatures, lazzi de toutes sortes, mobilisation des parents craignant pour leurs enfants, tout se mit en place pour retarder l’application de cette mesure.
Cam.
Remerciements à Cam
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