Pourquoi pas le Pape aussi !
Le pape Pélage II meurt de la peste. L’effroi règne dans la ville éternelle.
Vers 542 éclata l’épidémie de peste appelée peste de Justinien. Elle commença à Pelouse en Égypte (probablement apportée d’Asie par des marins). Elle s’étendit suivant un double courant, d’une part sur Alexandrie et le reste de l’Égypte, d’autre part sur la Palestine et le Liban. Aucune région n’était à l’abri. Elle débutait toujours par les côtes maritimes et s’avançait progressivement vers l’intérieur des terres. On n’avait aucun moyen efficace, soit pour prévenir à temps l’invasion de la maladie, soit pour en conjurer la terminaison fatale. Ceux dont le bubon prenait le plus d’accroissement et mûrissait en suppurant réchappèrent pour la plupart. L’épidémie de Constantinople dura quatre mois, le chiffre des morts s’accrut chaque jour jusqu’à 5000, pour s’élever enfin à 10000 et même davantage. Les gens lui attribuaient une explication divine : la vengeance du ciel !
La peste de Justinien frappa l’Occident et le Moyen-Orient à plusieurs reprises jusqu’à la fin du siècle suivant. Grégoire de Tours en parle plusieurs fois dans son Histoire des Francs : il la cite à Arles en 549 (" cette province est cruellement dépeuplée "), à Clermont en 567 (" un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale "), à Lyon, à Bourges, Chalon (sur Saône), Dijon... En plus de l’Italie et de la Gaule, elle ravagea l’Espagne puis revint en Orient.
Pour la première fois se rencontra sous la plume des chroniqueurs la mention du bubon inguinal ou axillaire, qui permet de citer cette épidémie comme la première peste bubonique authentique. Grégoire de Tours précise : " La maladie qu’on nomme inguinale ravageait plusieurs pays [...]. Il naissait, à l’aine ou sous l’aisselle, une plaie en forme de serpent dont l’action était telle sur les hommes qu’ils rendaient l’âme le deuxième ou troisième jour de la maladie et que sa violence leur ôtait complètement le sens. "
Mais à cette forme bubonique classique vint s’ajouter la forme pulmonaire, hautement contagieuse et cause d’effroyables hécatombes. Morts en quelques heures, parfois subitement, les pesteux pulmonaires avaient auparavant contaminé leurs proches par leur toux et leurs éternuements. De cette épidémie date l’expression " Dieu vous bénisse " car, dit Jacques de Voragine dans La Légende dorée " s’il arrivait que quelqu’un éternuât, souvent alors il rendait l’âme. Aussi, entendait-on éternuer, aussitôt on criait : Dieu vous bénisse. "
Warnefried résuma tristement : " L’épidémie dépeupla les villes, changea la campagne en désert et fit que les habitations des hommes devinrent le repaire des bêtes sauvages. " Évagre le Scolastique cite, dans son " Histoire ecclésiastique " : " Lorsque j’écris ces lignes, à l’âge de cinquante-huit ans (592), la maladie sévit pour la quatrième fois à Antioche ; j’ai perdu pendant ses autres visites plusieurs de mes parents, ma femme, mes enfants, mes domestiques et de nombreux concitoyens ; en ce moment, j’ai perdu ma fille et mon petit-fils. "
Pendant l’hiver de 589, la peste de Justinien frappa lourdement Rome et lorsque le pape Pélage II, atteint à son tour, mourut le 8 février 590, la terreur des Romains fut à son comble.
Son successeur fut le célèbre saint Grégoire qui organisa en avril une procession durant laquelle l’Ange exterminateur apparut au sommet du môle d’Hadrien et remit au fourreau son épée ensanglantée : la peste cessa aussitôt et dès cette époque le môle d’Hadrien s’est appelé château Saint-Ange.
Cam.
Remerciements à Cam
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