L'école buissonnière est finie !
C'est au pape Léon III que revient en ce jour de Noël, le privilège de couronner Charles empereur des Romains. Le pape a élu celui qui passe pour être " un chef à l'ombre duquel le peuple chrétien repose en paix et qui, de toutes parts, inspire la terreur aux nations païennes, un guide dont la dévotion ne cesse, par la fermeté évangélique, de fortifier la foi catholique contre les sectateurs de l'hérésie ", ainsi que le définit un certain Alcuin. Lors de la cérémonie on acclame le nouvel empereur par ces mots : " A Charles Auguste couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! "
Petit-fils de Charles Martel, Charles était le fils aîné de Pépin le Bref, roi des Francs. À la mort de celui-ci, en 768, le royaume fut partagé entre Charles (alors âgé de 26 ans) et son frère Carloman. L'aîné reçut l'Austrasie, la Neustrie et la partie occidentale de l'Aquitaine tandis que la Provence, la Septimanie, la Bourgogne, l'Alsace, l'Alémanie et la partie orientale de l'Aquitaine revenaient à Carloman. Cependant, Carloman disparut, peut-être assassiné, en 771 et Charles s'empara de ces territoires au détriment de ses neveux. Il devint ainsi le maître d'un royaume réunifié, auquel il s'attacha durant tout son règne à donner une organisation administrative efficace. Charlemagne renoua avec la politique d'alliance entre les Francs et la papauté. Il intervint d'abord contre les Lombards qui menaçaient les territoires pontificaux et s'opposaient à l'expansion des peuples francs. Ayant obtenu, en 771, la capitulation du roi Didier, il se fit couronner roi des Lombards en 774. Mais, alors qu'il se consacrait à renforcer son autorité en Italie, les Saxons attaquèrent en Hesse et en Frise, fragilisant les territoires francs de l'Est. Charlemagne contre-attaqua et occupa la Westphalie. Cependant, les frontières orientales devaient longtemps demeurer l'un des points faibles de son royaume et il dut lutter trente ans durant contre les Saxons avant de les soumettre. Charles, par ailleurs, fut confronté à l'agitation menée par le duc de Bavière, Tassillon. Le duché fut soumis à son tour en 788. Tassillon s'était allié, contre Charlemagne, aux Avars. Après l'intégration de la Bavière au domaine franc, les armées carolingiennes combattirent ce peuple, réduit, après quatre ans de guerre, en 795. Au sud du royaume franc, Charlemagne, défenseur de la chrétienté en Occident, lutta contre les musulmans établis en Espagne. En 778, alors qu'il avait apporté son soutien au gouverneur de Barcelone, en révolte contre Abd al-Rahman, émir de Cordoue, les troupes carolingiennes furent sévèrement battues à Roncevaux. Roland, le neveu de Charles, trouva la mort dans la bataille, épisode devenu légendaire grâce à la Chanson de Roland. Les expéditions contre ceux que l'on nommait alors les sarrasins reprirent à partir de 795. Barcelone fut conquise en 801, puis Pampelune et Tortose. Le pays des Goths (devenu la Catalogne) fut érigé en rempart contre les musulmans. À l'ouest, Charlemagne n'était pas parvenu à briser la résistance des Bretons, mais il avait, en 790, garanti la frontière en instaurant un commandement militaire entre Seine et Loire, qu'il confia à son fils Charles le Jeune. Ainsi, dès la fin du VIIIe siècle, le royaume franc était devenu un vaste empire dont le maître était considéré comme l'arbitre de l'Occident. En l'an 800, Charles fut couronné empereur d'Occident à la basilique Saint-Pierre de Rome, par le pape Léon III. Gouvernant de sa capitale établie à Aix-la-Chapelle, Charlemagne, qui se considérait couronné par Dieu, ne parvint cependant jamais à restaurer l'Empire romain, son projet d'union avec l'Empire d'Orient (ou Empire byzantin) avortant dès 802. Laissant la conduite des opérations militaires à ses fils, Charlemagne se consacra à l'organisation de l'empire, appuyant son pouvoir personnel sur des assemblées politiques et religieuses soumises. L'empire était divisé en pagus, ayant à leur tête un comte (compagnons du roi) disposant de pouvoirs militaires et administratifs relativement étendus. L'administration locale était cependant contrôlée par le pouvoir central, des envoyés de l'empereur étant dépêchés en inspection, chaque année, dans tout l'empire. Ces missi dominici, en général un laïc et un ecclésiastique, veillaient à l'application des décisions de l'empereur par les comtes. Véritable maître de l'Église, dont le pape n'était plus qu'un vassal, Charlemagne procédait à la nomination des évêques et se mêlait des discussions théologiques. Outre le rôle conféré au christianisme pour unir les populations de l'empire, Charlemagne tenta également d'imposer un droit écrit commun aux différents territoires, par l'utilisation d'ordonnances (capitulaires). Mais son effort ne réussit pas à s'imposer dans tout l'empire. Le règne de Charlemagne correspondit à un réveil intellectuel de l'Occident. L'empereur promut les connaissances et les études en attirant dans son palais d'Aix-la-Chapelle des savants de toute l'Europe. L'Anglais Alcuin, l'Espagnol Théodulf, les Italiens Paul Diacre et Pierre de Pise vinrent enrichir de leur savoir la cour impériale. La redécouverte de la civilisation antique et des auteurs anciens fut l'âme de ce réveil intellectuel. Charlemagne eut d'abord le souci de former le personnel de son administration. Dans ce but, il créa une école du palais chargée de former des clercs et des laïcs à la charge de futurs serviteurs de l'État. Par ailleurs, il encouragea l'étude de la théologie et des textes sacrés en favorisant l'activité de copie des manuscrits dans les monastères. C’est pour cela qu’il est considéré comme le fondateur de l’école ! Ce qui est naturellement faux. C'est durant cette période que les arts libéraux furent introduits dans l'enseignement et que l'écriture dite caroline fut forgée. Le chroniqueur franc Eginhard, ami de Charlemagne, écrivit la biographie de l'empereur, Vie de Charlemagne (Vita Caroli Magni). Inspirée du modèle antique de Suétone, celle-ci constitue l'une des principales sources historiographiques, quoiqu'elle doive faire l'objet d'une lecture critique. L'ouvrage d'Eginhard éclaire notamment la personnalité de l'empereur, dépeint comme un homme jovial mais autoritaire, intelligent et courageux, aimant l'exercice physique, mais s'attachant à donner de lui l'image d'un homme cultivé, illettré, mais connaissant le grec et le latin. Charlemagne avait prévu de partager son empire entre ses trois fils Pépin, Charles le Jeune et Louis. Mais la mort des deux premiers, en 810 et en 811, conduisit à concentrer l'héritage carolingien dans les seules mains de Louis le Pieux. Charlemagne le fit couronner en 813 avant de disparaître l'année suivante.
Cam.
Remerciements à Cam
Sommaire - Sélection du mois - Sélection du jour - 25 décembre