LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


23 DÉCEMBRE


1987


Un nouveau Québec !

Que mes nombreux lecteurs Québécois me pardonnent mon intrusion dans leurs affaires, mais comme je n’ai pas souvent l’occasion de parler de leur histoire ou de leur géographie, je profite de cette occasion repérée dans un des livres de géographie de mon collège.

Le 23 décembre 1987, le gouvernement du Québec a décidé le partage du territoire provincial en seize nouvelles régions administratives, afin de permettre un rééquilibrage. Mais cela ne peut empêcher que les trois régions de Montérégie, Montréal et Québec rassemblent 52,5 p. 100 des habitants et affirment un poids économique qu’il est vain d’espérer contrebalancer. Un rapide survol de ces seize régions permet de mieux cerner forces et faiblesses.

La région Abitibi-Témiscamingue, mitoyen de l’Ontario, est le pays de l’or, du cuivre et du bois, au nord-ouest de l’Outaouais. Alors que l’Abitibi est une vaste plaine argileuse (clay belt ) légèrement inclinée vers la baie d’Hudson, le Témiscamingue forme une longue dépression bordant le lac homonyme. Val-d’Or et Rouyn-Noranda sont nés de l’exploitation des gisements miniers.

Le Bas-Saint-Laurent est formé en son centre par les Appalaches, mais les altitudes demeurent modestes. Forêts, tourbières et vastes battures sont la trilogie du paysage naturel. Il s’agit d’une région en difficulté, à l’économie peu performante.

La région Chaudière-Appalaches (encore appelée Québec-Sud) est connue pour être le pays des érablières. Appalaches et plaine de Beauce se partagent l’espace. L’extraction de l’amiante, autour de Thetford Mines, est – de loin – la principale source de revenus.

La Côte-Nord, s’identifiant au Nord-Est québécois, est le pays de la forêt, du fer et de l’énergie hydroélectrique. Baie-Comeau et Sept-Îles y concentrent l’essentiel de l’activité économique. Mais la région est victime de son éloignement.

L’Estrie correspond à la région la plus appalachienne du Québec. Vaste plateau, elle a été fortement marquée par les loyalistes. Aujourd’hui, Sherbrooke commande un arrière-pays riche autant par son agriculture que par les ressources de son sous-sol.

La Gaspésie, tout à l’est, est une vaste péninsule, fière de porter le point culminant de la province, le mont Jacques-Cartier (1 248 m). Éloignée, c’est aussi une région en difficulté, en dépit des ressources minières et d’un tourisme prometteur.

– La région de Lanaudière s’étend des rives du Saint-Laurent au cœur de la Mauricie, mais la vie économique se concentre sur les basses terres en bordure du fleuve. On y note le plus fort taux de croissance de la population entre 1981 et 1991, par suite du débordement de Montréal.

Les Laurentides sont par excellence le domaine des lacs, des rivières et de la forêt omniprésente. Le relief est peu accidenté et les altitudes faibles, mais la nature se prête à la pratique des sports de plein air, le ski surtout. Ici également, la proximité de Montréal se fait de plus en plus sentir.

Laval, la plus petite région administrative québécoise, n’a que 245 kilomètres carrés. Après Montréal, elle se classe pourtant à la deuxième place pour la population. C’est surtout un espace résidentiel et dévolu aux activités commerciales.

La région Mauricie - Bois-Francs est souvent appelée le " cœur " du Québec car elle s’étend de part et d’autre du Saint-Laurent. C’est le domaine de riches terres agricoles mais aussi d’industries prospères autour de Trois-Rivières et Bécancour.

La Montérégie est partagée entre les premières pentes des Appalaches et la plaine de Montréal. C’est avant tout la banlieue sud-est de Montréal. L’économie y est diversifiée et la ville principale, Longueil, est en pleine expansion.

L’île de Montréal est un territoire très densément peuplé et occupé en son entier. Tout autour du mont Royal, sur 1 p. 100 de la superficie de la province vit plus du quart de sa population. S’y trouve la deuxième métropole canadienne après Toronto.

Le nord du Québec est le pays du froid et de la toundra, en même temps que celui de la prometteuse baie de James. Sur une superficie supérieure à la moitié de la province vit à peine 1 p. 100 de la population.

L’Outaouais, en plein Bouclier, doit une grande partie de sa richesse à l’exploitation des forêts. Mais le voisinage de la capitale fédérale, Ottawa, influence de plus en plus le développement.

La région de Québec, autour de la capitale provinciale, est particulièrement variée. Outre la fonction administrative et la présence de l’industrie, le tourisme y connaît un essor, entre autres dans le comté de Charlevoix.

– Enfin, la région Saguenay-lac Saint-Jean voit la majeure partie des habitants se regrouper entre La Baie et Jonquière. L’hydroélectricité et la fabrication d’alumine sont les deux piliers de l’économie.

La palette offerte par ces seize régions administratives est loin de traduire la réalité géographique du découpage régional contemporain du Québec. Le vrai partage de l’espace s’effectue entre un heartlandet un hinterland . La centralité s’identifie à la linéarité du corridor laurentien bien homogène, alors que la périphérie est très étendue en direction du nord. Ce qui doit être avant tout souligné, c’est l’extraordinaire complémentarité des composantes de ce binôme heartland-hinterland. Exprimé autrement, c’est tout ce que peut représenter le Bouclier pour le Québec : gigantesque réserve de ressources du sol et du sous-sol, renouvelables ou non, il est la pièce essentielle du développement contemporain et futur, une sorte de coffre-fort géant recelant la matière première à utiliser durant plusieurs millénaires. L’ouverture économique que procure au Québec l’A.L.E.N.A. ne peut que conforter la province dans ses aspirations, alors que les mutations profondes de sa géopolitique la placent à la croisée des chemins.

Cam.

Remerciements à Cam


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