Explosion de la Montagne Pelée.
Le massif dominant de la Martinique, la montagne Pelée se situe dans la partie nord de l'île. Sa superficie est de 120 kilomètres carrés pour un diamètre de base moyen de 13 kilomètres ; avant l'éruption volcanique de 1902, elle culminait à 1 351 mètres, au Morne-La-Croix qui dominait une caldeira sommitale dite de l'Étang-Sec. Les phénomènes précurseurs de l'éruption datent de 1889 ; ils consistèrent en l'apparition de petites fumerolles dans la caldeira. Ce type d'activité s'était déjà produit en 1792 et en 1851, mais, cette fois-ci, dès le 2 mai 1902, des cendres volcaniques tombent sans interruption. Le 5 mai, le barrage de l'Étang-Sec se rompt et l'eau se déverse en formant rapidement un lahar qui ensevelit une usine et fait vingt-cinq morts. Quelques petits séismes sont enregistrés et, le 8 mai 1902, à 8 heures, une formidable explosion se produit, suivie d'une nuée ardente qui se déplace à la vitesse de 130 à 150 mètres par seconde, détruisant tout sur son passage et rasant la ville de Saint-Pierre, où périssent 28.000 personnes, laissant seulement deux survivants. Une étude des cadavres a montré que beaucoup de gens sont morts à cause de l'onde de choc précédant la nuée ardente à vitesse supersonique (450 m/s), qui a fait éclater les corps, mais la température de la nuée ardente était probablement de l'ordre de 300 à 350 °. Le nombre des morts peut paraître important pour une explosion que de nombreux signes précurseurs pouvaient laisser prévoir. Mais le climat social et politique en est responsable (le gouverneur ayant refusé l'évacuation de la ville, car des élections devaient avoir lieu). Jusqu'au 6 juin, l'activité du cratère reste violente et l'on peut noter trois nuées ardentes semblables à celle du 8 mai (20 mai, 26 mai et 6 juin). Du 6 juin à la mi-août, on observe un calme relatif. Il est suivi d'une recrudescence jusqu'au 30 août, jour où se produit la plus fantastique nuée ardente de l'éruption, qui détruit les villages de Morne-Rouge et d'Ajoupa-Bouillon. Mais la phase finale sera la plus instructive pour les géologues qui surveillent l'éruption, car elle se caractérise par la construction du dôme et la mise en place d'aiguilles rigides. Le dôme atteint 1 353 mètres et ne cessera de s'accroître jusqu'en septembre 1903. C'est une masse de matières visqueuses, à haute température, couvertes d'une carapace refroidie. L'aiguille commence à pousser au début de novembre 1902. Sa base est située, au départ, à 1 343 mètres ; elle atteint 1 575 mètres le 24 novembre 1902 et 1 600 mètres à la fin de mai 1903. Dans sa première phase d'ascension, l'aiguille croît à une vitesse moyenne de 10 mètres par 24 heures, avec un maximum de 60 mètres par 24 heures. Ensuite, l'activité s'est réduite au fonctionnement de quelques fumerolles. Mais, en 1929, l'activité augmente et une nouvelle éruption se produit entre 1929 et 1932, d'une manière identique à l'activité de 1902, avec nuée ardente, dôme et aiguilles. Depuis lors, seule la morphologie du cône trahit un volcan actif. L'éruption de la montagne Pelée tient une place capitale dans l'histoire de la volcanologie pour des raisons humanitaires aussi bien que scientifiques. À la suite de la catastrophe, la mise en place d'observatoires scientifiques a été décrétée par les pouvoirs publics ; c'est aussi la première fois qu'une nuée ardente et que la construction d'un dôme avec la mise en place d'une aiguille sont décrites.
Le terme " nuée ardente " est d'ailleurs créé par Alfred Lacroix à cette occasion.
Cam.
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