LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


14 AOÛT


1952


Naissance du Tiers-Monde ? ? ?

Non, bien sûr, le Tiers-Monde existe, en fait, depuis toujours. Mais le concept est né dans l'après-guerre, de l'affrontement entre les deux grandes superpuissances , les U.S.A. et l'U.R.S.S. Quant au terme lui-même il a été utilisé pour la première fois le 14 Août 1952, dans la revue L'Observateur politique, économique et littéraire , sous la plume d'Alfred Sauvy. Son article, intitulé " Trois Mondes, une planète ", traitait des pays sous-développés en tant qu'enjeu des grandes puissances. Il se terminait ainsi : " car enfin ce Tiers Monde, ignoré, exploité, méprisé, comme le tiers état, veut lui aussi être quelque chose ". Entité symbolique formalisée par la réunion de Bandung en 1955, le Tiers Monde est d'abord une formule commode pour désigner un ensemble de pays extrêmement hétérogènes, mais qu'unit le trait commun de n'avoir pas connu, pour des raisons diverses, la révolution industrielle au XIXème siècle. Une " communauté de destins " apparente qui n'a pu réellement aboutir, en quatre décennies, à des actions communes, en raison de divergences politiques et idéologiques, mais aussi d'intérêts économiques plus concurrentiels que complémentaires. Les pays dits du Tiers Monde ont considérablement évolué. Ils sont aujourd'hui éclatés entre des groupes fort hétérogènes, en ce qui concerne tant les niveaux de vie que les activités économiques. Plusieurs pays ont quitté le Tiers Monde, car ils n'ont plus rien à envier aux nations développées en termes d'espérance de vie, de revenu par habitant et de niveau éducatif : ce sont les " dragons " d'Asie de l'Est (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taiwan). Le P.N.B. par habitant de la Corée du Sud, qui atteignait seulement 100 dollars en 1962, dépassait 8500 dollars en 1994, soit plus que celui du Portugal ou de la Grèce. De véritables puissances économiques se sont constituées, qui entendent désormais compter sur la scène internationale, et certaines d'entre elles revendiquent d'ailleurs un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Citons le Brésil, le Mexique (qui, depuis 1994, fait partie de l'O.C.D.E.), les " tigres " (Thaïlande, Malaisie, Indonésie), le Pakistan, l'Afrique du Sud... sans oublier bien sûr les deux géants économiques et démographiques que sont l'Inde et la Chine (cette dernière, déjà membre permanent du Conseil de sécurité), qui regroupent à eux deux plus du tiers de la population mondiale. Voilà pourquoi de nombreux auteurs emploient désormais le terme de " Sud " plutôt que celui de " Tiers Monde " : à un concept géopolitique devenu obsolète du fait de l'affaiblissement de la rivalité Est-Ouest ils préfèrent une notion plus pragmatique. Le terme de Sud se définit par opposition à un Nord riche et dominant sur la scène politique et économique mondiale, même si la distinction ne correspond que très approximativement à la réalité géographique : tous les pays en développement (P.V.D.) ne sont pas situés au sud, ni tous les pays riches au nord. En 1993, le F.M.I. a modifié ses modes de calcul des produits intérieurs bruts pour se fonder non plus sur les taux de change courants des monnaies nationales par rapport au dollar, comme c'est l'usage, mais sur les taux de change pondérés en termes de pouvoir d'achat effectif dans le pays considéré. Les résultats de cette nouvelle méthode de calcul attestent de l'émergence du Sud sur la scène internationale : les pays industriels représenteraient non plus les deux tiers du P.I.B. mondial, mais à peine plus de la moitié (54 p. 100). Le Sud contribuerait alors à un tiers de la production mondiale, et non plus à moins du cinquième comme les calculs actuels l'indiquent. La Chine, dont la monnaie a toujours été notoirement sous-évaluée, deviendrait la quatrième puissance économique mondiale (derrière les États-Unis, l'ex-U.R.S.S. et le Japon), devançant l'Allemagne ! Le Brésil pèserait plus lourd que le Canada... La croissance économique du Tiers Monde a été, depuis le début des années 1950, bien supérieure à celle des pays développés, faisant justice du mythe du développement des pays riches au détriment des pays pauvres et montrant que la richesse du monde n'est pas un gâteau que l'on partage en un certain nombre de parts, mais un processus de création permanente de biens et de services, une dynamique qui s'auto-alimente, une suite de synergies réussies. 

Cam.

Remerciements à Cam


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