Elle est partie !
Suicide de Norma Jean, plus connue sous le nom de Marilyn Monroe.
Actrice de cinéma américaine née en 1926 à Los Angeles, Marilyn Monroe marque une date dans l'histoire non seulement du cinéma, mais du rapport cinéma-société, voire de la société elle-même. Son aventure, brève et pathétique, n'a pas été inventée pour les besoins de sa publicité : à distance, il est surprenant mais significatif que ce soit celle de la dernière star de Hollywood (le phénomène Elizabeth Taylor et les vedettariats d'actrices plus récentes s'étant joués sur d'autres plans). Sa mère étant atteinte de troubles mentaux et son père légalement "inconnu", Norma Jean passe son enfance au sein de plusieurs familles d'adoption. Probablement violée alors qu'elle n'avait qu'une dizaine d'années, modèle pour photographes dès 1946, mariée quelques semaines à un riche homme d'affaires, elle se retrouve actrice sans expérience et utilisée à rebours de ses possibilités dans de petits films de la Fox, puis de la Columbia (1948) et à nouveau de la Fox. Un heureux concours de circonstances lui fait tenir des rôles secondaires, mais chaque fois marquants, dans des films intéressants. Qu'ils soient comiques comme La Pêche au trésor (Love Happy , de David Miller, 1948, où Groucho Marx lui déclare : "Un homme vous suit ?... Un seul ?") ou dramatiques comme " Quand la ville dort ", 1950. Dans " Ève " (All about Eve , de Mankiewicz, 1950), elle apparaît comme la future rivale de l'actrice dont le film raconte l'ascension. Peu à peu, une promotion s'organise autour d'elle. On la lance à la fois comme la "pin-up intellectuelle" aux reparties osées ("Que portez-vous pour dormir, miss Monroe ? Du parfum Chanel no 5 !") et comme l'avatar moderne d'un mythe cinématographique cher aux Américains : celui de la blonde faussement sotte, un peu vulgaire, mais bon enfant, à la sexualité candide mais rassurante. Malgré son mariage avec le joueur de baseball Joe Di Maggio, une éphémère gloire nationale, Marilyn Monroe ne se satisfait pas de cette personnalité doublement factice qu'on lui a fabriquée. Elle l'utilise pour s'affirmer à la fois comme femme et comme actrice, et c'est en cela que pendant moins de dix ans, elle va dominer les écrans tout en proposant un type de femme détendu (faussement détendu, en ce qui la concerne) qui présage d'autres libérations et répond en tout cas à la mentalité de la "génération Kennedy". Un tel don de sympathie irradie de ses prestations que dans l'un de ses rarissimes rôles antipathiques, pour le " Niagara " de Hathaway (1953), elle inspire tout au plus la pitié. Ses grands rôles relèvent de la comédie : " Chérie, je me sens rajeunir " [Monkey Business ], de Hawks ; " Sept Ans de réflexion " [The Seven Years Itch ] et " Certains l'aiment chaud " [Some Like it Hot ], de Billy Wilder, éventuellement de la comédie musicale, car elle danse et chante fort agréablement (" Les hommes préfèrent les blondes " [Gentlemen Prefer Blondes ] de Hawks ; " Comment épouser un milliardaire " [Let's Make Love ], de Cukor). Sa vie privée ne répond nullement à l'image enjouée ou tendre qu'elle donne de l'existence dans ses films, et jusque dans son unique western (" La Rivière sans retour " de Preminger, 1954). Son troisième mariage, avec Arthur Miller, est un nouvel échec, et " Les Désaxés " (The Misfits , 1961) que Huston met en scène sur un scénario du même Miller, sera en partie l'histoire de leur incompréhension mutuelle. Le film n'est guère une réussite pour elle. Au début du tournage de " Something's Got to Give " , elle se suicide (le 5 août 1962) dans des conditions qui ont donné lieu à trop d'hypothèses romanesques. Il est plus intéressant de constater que, même en Europe où les moeurs et les goûts évoluent plus vite, les reprises de ses films (après quelques années de "purgatoire") obtiennent un succès constant, où la nostalgie entre pour fort peu de chose.
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