D'un taxi mauve
Naissance de Michel Déon, académicien, auteur du " Taxi Mauve ". Il naît à Paris le 4 août 1919. Mais la capitale se montre impuissante à ce nomade que sollicite la chaude lumière du Midi et l'insistante musique du bonheur.
C'est d'abord Monaco, lié au souvenir fugace d'un père conseiller à la cour du prince Louis II, puis les rues du vieux Nice, et la faculté de droit de Paris après Janson-de-Sailly. Au carrefour d'une jeunesse prématurément livrée aux emballements de l'histoire, le jeune étudiant hésite entre trois voies qui s'ouvrent devant lui comme autant de tentations incertaines : la politique à l'ombre du vieux Maurras et de L'Action française , la guerre rapidement entrevue sous De Lattre, la littérature à l'appel de ces maîtres exigeants que l'on se donne à vingt ans et pour toujours. Après la Libération, Michel Déon sillonne l'Europe et fait un sort à ses regrets dans quelques livres maladroits. " Je ne veux jamais l'oublier " (1950), miroir fêlé d'un bonheur envolé, marque son entrée dans les lettres et son départ vers le Nouveau Monde dont il revient avec " La Corrida " (1952), histoire d'un réfugié meurtri dont on gage qu'il ressemble à l'auteur comme un frère. Il fait bientôt escorte aux " hussards " (Nimier, Blondin, Laurent) qui ont entrepris de donner le coup de grâce aux mandarins fatigués de l'existentialisme parisien. De 1952 à 1956, il publie trois livres tendres et insolents : " Le Dieu pâle " (1954), Tout l'amour du monde (1955) et la vitriolique " Lettre à un jeune Rastignac " (1956). Ils sont suivis par trois livres disparates où s'affirme, dans un style intimiste, une très étonnante maîtrise des choses du coeur : " Les Trompeuses Espérances " (1956), " Fleur de colchique " (1957) et " Les Gens de la nuit " (1958), un adieu tendrement déchiré aux aventures nocturnes de Saint-Germain-des-Près qui prélude à de nouveaux départs. Il voyage au Portugal, dans le Tessin, en Grèce mais il n'oublie pas pour autant les épreuves que traverse son pays, comme en témoigne un essai sur " L'Armée d'Algérie et la pacification " (1959) et un roman sur le contre-terrorisme en Afrique du Nord, " La Carotte et le Bâton " (1960). Il mûrit son uvre la plus forte et la plus ambitieuse : " Les Poneys sauvages " (1970), chant funèbre ample et puissant sur la décadence irréversible de l'Occident, qui obtient le prix Interallié. Désormais, pour Michel Déon, c'est la consécration du succès et la rencontre avec un large public. En 1973, l'Académie française couronne " Un taxi mauve " , roman échevelé à la gloire de l'Irlande, dernier refuge de ce nomade sédentaire. Viendront ensuite " Le Jeune Homme vert " (1975) et " Les Vingt Ans du jeune homme vert " (1977), roman d'apprentissage qui est aussi une chronique douce-amère de la vie française depuis 1918. L'ombre de Stendhal plane sur ces deux romans, comme sur " Je vous écris d'Italie " (1984). Michel Déon a écrit également un délicieux conte pour enfants, " Thomas et l'Infini ", " Un déjeuner de soleil " (1981), biographie imaginaire d'un romancier cosmopolite dont bien des traits sont empruntés à Paul Morand (à qui il fut très lié) et une gerbe de souvenirs et de réflexions, " Mes Arches de Noé " (1978), composant le portrait d'un artiste solitaire qui a pu porter à un degré de perfection rare l'honneur et la grâce d'écrire.
Cam.
Remerciements à Cam
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