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Pour ce qui est des animaux bizarres, l'Amérique du Sud est imbattable; et l'un des plus étranges de ceux qui hantent le centre du continent, du Guatemala à l'Argentine, est le fourmilier. Les plus grands atteignent 2,50 m de long, y compris leur très longue queue. L'apparence de cet animal est aussi étrange que ses manières. Ce qui frappe à première vue, c'est la forme curieuse de sa tête : longue de 30 cm, elle se termine par un museau conique au bout duquel se trouve la bouche minuscule qui ne mesure que 2 cm de diamètre. C'est vraiment peu pour un animal de plus de 2 m, mais nous allons voir que cette minuscule fente est plus que suffisante, compte tenu du régime alimentaire du fourmilier. Le cou prolonge la forme conique de la tête, puis vient le corps trapu, recouvert d'une épaisse fourrure. La queue, très longue, se dresse comme, un drapeau d'où pendent des touffes de longs poils. Epaisse de plus d'un centimètre, la peau, très dure, est recouverte de poils roussâtres. Les pattes sont armées de puissantes griffes dont nous allons voir l'usage. Le fourmilier passe toute son existence à chasser les fourmis dont il se nourrit, et plus encore les termites. Ses griffes lui servent à démolir les termitières, ces énormes constructions dures comme le béton. Lorsqu'il est parvenu à les percer, le fourmilier y introduit sa langue. C'est l'arme la plus étrange de cet animal : dans la bouche minuscule est cachée une langue rétractile qui peut atteindre 40 cm de long. Les termites, la prenant pour un ver, l'attaquent; elles sont aussitôt engluées par la salive épaisse qui la recouvre. Le fourmilier attend patiemment puis, lorsque sa langue est couverte d'insectes, il avale le tout sans même mâcher plus recommence jusqu'à ce qu'il soit rassasié.
La femelle du fourmilier met bas un petit seulement chaque année, en septembre. Très maternelle, elle le porte sur le dos jusqu'à ce qu'il soit sevré et capable de se nourrir seul, puis elle l'abandonne définitivement : les fourmiliers n'ont pas l'instinct grégaire; ils préfèrent vivre seuls.
Les fourmiliers ont peu d'ennemis; ils fuient l'homme et n'attaquent que quand leur retraite est coupée. Ils ont parfois à affronter le puma ; la lutte finit souvent par la mort des deux combattants : tout en déchirant son adversaire de ses griffes, le fourmilier introduit sa langue dans les narines de l'ennemi, l'étouffant inexorablement.