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Dans les légendes des Alpes, le Diable prend souvent les apparences d'un bouquetin. Peut-être est-ce parce que les montagnards ont depuis toujours été impressionnés par les longues cornes et l'énergie indomptable de cet habitant des cimes. Surgi de nulle part, il apparaît brusquement sur un rocher ; l'instant d'après on l'aperçoit sur une pente éloignée. On croirait qu'il a le don d'être partout à la fois.
Le bouquetin n'est pourtant qu'une grande chèvre qui s'est adaptée aux rudes conditions de vie de la montagne. Un peu lourd d'allure avec ses pattes courtes, il a un pelage fauve qui s'éclaircit en hiver ; il est très reconnaissable avec ses cornes recourbées qui atteignent 95 cm de long chez le mâle, 20 cm seulement chez la femelle.
Grimpeurs audacieux et intrépides, les bouquetins se tiennent en été au-dessus du niveau des neiges, sur les sommets balayés par le vent. Immobiles comme des statues au bord du vide, ils scrutent la montagne. Puis ils escaladent sans se presser les rochers escarpés, broutant au passage les plantes aromatiques qui poussent dans les fentes du roc. Au moindre danger, ils s'enfuient rapidement vers les hauteurs, sautant les névés, bondissant de roc en roc avec une agilité extraordinaire. Le crépuscule les voit redescendre vers les pentes herbeuses. La nuit, ils dorment à l'abri d'un rocher, indifférents au vent glacial.
En hiver, les bouquetins descendent s'abriter dans les bois. Luttant contre la neige, la faim, les avalanches, ils parviennent à subsister là où tout autre herbivore périrait : ils mangent de l'écorce, grattent la neige pour dégager quelques touffes d'herbe gelée.
La saison des amours se situe en décembre-janvier. Les mâles, nerveux, cherchent une compagne et luttent entre eux à grands coups de cornes. Après l'accouplement, le vainqueur abandonne la femelle : il n'y a pas chez cette espèce de groupe familial durable.
Au printemps, la femelle met bas un ou deux petits semblables à des chevreaux ; ils gambadent très vite autour de la mère, explorant rochers et buissons ; dès qu'ils sont assez forts, tout le troupeau remonte vers les sommets où il passera l'été. Les mères sont sur le qui-vive, prêtes à défendre leur progéniture contre les aigles et les grandes oiseaux de proie.
Autrefois très nombreux dans les Alpes, les bouquetins ont été chassés à outrance ; ils sont devenus rares. Heureusement, ils sont maintenant protégés par la loi.